Aron, Raymond
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Core ideas
Une vie sans destin. Aron raconte la vie d'un « grand homme sans destin » : Alexis de Tocqueville, né en 1805 dans la noblesse normande légitimiste, juge auditeur à Versailles, prête serment en 1830 le cœur déchiré, part en 1831 avec Gustave de Beaumont étudier le système pénitentiaire américain, publie De la démocratie en Amérique (1835) à trente ans, entre à l'Académie, devient député (1839) puis ministre des Affaires étrangères pour quelques mois en 1849, avec Gobineau pour chef de cabinet. Il ne fut jamais un grand parlementaire : il n'avait « ni la capacité de mépris, ni la capacité d'illusions, ni la capacité de mensonge nécessaire ». Son discours de janvier 1848 annonçait la révolution. Aron le tient pour le Montesquieu du XIXᵉ siècle, qui a voulu sauver les valeurs libérales à l'âge démocratique.
Une question unique. Aron voit en Tocqueville un de ces grands penseurs « qui se définissent par une question unique » : toutes les sociétés sont en train de devenir démocratiques (fait providentiel), mais elles pourront être libérales ou despotiques. Il le distingue de Comte (société industrielle) et de Marx (société capitaliste), seul à avoir défini la société moderne comme démocratique et à penser que la différence entre ses espèces tient à la nature du gouvernement. Philosophie de l'histoire : entre le hasard et un déterminisme des forces, l'homme est libre dans de vastes limites (lettre à Gobineau). Il cite la prophétie sur les deux grands peuples, russes et anglo-américains, l'un fondé sur la liberté, l'autre sur la servitude. La Démocratie en Amérique se lit de trois façons : une réponse à la question de sauver la liberté (décentralisation administrative, fédéralisme, goût des affaires communales, religion et rôle des femmes), un type idéal de la société égalitaire (second tome) et une description des États-Unis, avec ses angles morts (les Indiens détruits « légalement, tranquillement », l'esclavage, le conformisme prévu, la guerre civile).
L'Ancien Régime et la Révolution, les Souvenirs. Dans ce livre (1856), que Aron préfère, Tocqueville montre que la centralisation administrative est l'œuvre de l'Ancien Régime et que celui-ci a empêché les classes de se connaître ; il loue aussi les constituants de 1789 en des pages d'une grande beauté, ce qui lui vaut le rejet des conservateurs comme des révolutionnaires (« étrange démocrate qui refuse le mythe révolutionnaire, étrange légitimiste qui accepte la mort de l'Ancien Régime »). Les Souvenirs, écrits sans intention de publier, ont une liberté de ton frappante (portraits de Lamartine et de Louis-Napoléon). Aron conclut sur la tristesse de Tocqueville, écrivain qui accepte la démocratie sans l'aimer, et sur la phrase finale de l'introduction de 1856 : le goût du pouvoir absolu est « dans la mesure exacte du mépris que l'on éprouve pour son pays ».
Excerpts
“« toutes les sociétés sont en train de devenir démocratique »”
“« mais ces sociétés démocratiques pourront être soit libéral soit despotique »”
“« tocqueville est un de ces grands penseurs il y en a quelques-uns qui se définissent par une question unique »”