Droit, Roger-Pol
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Core ideas
Tragédie de l'ensemble, comédie du détail. Le texte d'ouverture (« la vie de chacun de nous… est une véritable tragédie ; mais quand on l'épuise en détail elle prend la tournure d'une comédie ») résume pour Droit la vie et l'œuvre : « l'ensemble est tragique, le détail est comique ». Le personnage (antisémite, misogyne, misanthrope, grincheux, près de ses sous, réactionnaire en 1848) peut être caricaturé, mais chacun de ces traits cache aussi une grande fragilité et une tendresse blessée : une double face permanente entre caricature et authenticité, tragédie et comédie, Inde et Europe, tendresse et dureté. L'amour est pour lui une ruse de l'espèce, mais les amoureux sont sincères ; la volonté, force qui meut le monde, n'a rien à voir avec le libre arbitre (image du pain jeté aux carpes). Schopenhauer est à la fois passerelle entre Kant et Nietzsche, généalogiste des passions avant Nietzsche, et philosophe d'un arrière-monde.
Nietzsche et le bouddhisme. Nietzsche reconnaît en lui un « éducateur » qui a ramené la philosophie à l'existence (amour, mort, larmes), mais lui reproche de dire non à la vie, d'exalter l'ascétisme ; d'où le fragment de 1872 « seul la tragédie peut nous sauver du bouddhisme ». Schopenhauer est aussi le « grand responsable d'une annexion du bouddhisme au nihilisme », parlant d'une « concordance » alors que son œuvre précède sa connaissance du bouddhisme ; il se disait pourtant d'abord Européen des Lumières, athée, empiriste et physiologiste, et il prenait les Veda et les Upanishad au sérieux (« ma pensée n'aurait pas été possible sans Platon, Kant et les Veda »). Son caniche, toujours nommé Atma (« âme » en sanskrit), est un compagnon et un clin d'œil à l'indianisme.
Une vie. Fils d'un négociant libéral de Hambourg et d'une mère romancière mondaine, amie de Goethe, qui le déteste, il passe deux ans au Havre à neuf ans, puis voyage en Europe de 16 à 18 ans avec ses parents, contre sa vocation de savant ; à Toulon la vue des galériens enchaînés le bouleverse. Son père meurt (suicide probable) en 1805. Dès 18 ans, « il n'a qu'une raison de vivre, c'est de faire de la philosophie et d'essayer de comprendre par ses propres moyens quelque chose à l'existence » ; il publie Le Monde comme volonté et comme représentation à trente ans, convaincu d'avoir résolu le problème de l'existence, mais le livre est suivi de trente ans de silence ; il programme un cours à Berlin à la même heure que Hegel (annoncé sur 24 semestres), n'a que deux élèves, et meurt en gloire tardive. Droit le rapproche de Rousseau (même pitié, même tendresse blessée devenue sarcasme), mais Rousseau croit à la perfectibilité et à l'histoire, alors que Schopenhauer pense la nature humaine fixe et l'histoire de simples « ridules sur le lac ».
Excerpts
“« l'ensemble est tragique le détail est comique »”
“« seul la tragédie peut nous sauver du bouddhisme »”
“« il n'a qu'une raison de vivre c'est de faire de la philosophie et d'essayer de comprendre par ses propres moyens quelque chose à l'existence »”