Degeorges, Isabelle Viéville & Bataille, Georges & Pachet, Pierre & Bisson, Julien & Bonnaffé, Jacques
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - transcription automatique de qualité moyenne ; l'émission inclut une chronique sur la gastronomie et la littérature sans rapport avec Baudelaire.
Core ideas
Isabelle Viéville Degeorges part du poème en prose « L'Étranger », qui n'aime que « les merveilleux nuages », pour placer l'infini au cœur de la personnalité de Baudelaire. Elle insiste sur les six années passées avec son père François, ancien prêtre défroqué, cultivé, amateur de peinture, qui l'éveille à la beauté lors de promenades au Luxembourg. Sa mort, quand Charles a six ans, est la première tragédie. Le second mariage de sa mère Caroline avec le général Aupick inaugure un « malentendu » perpétuel : Aupick, d'abord admiré, veut en faire un diplomate ou un militaire, non un poète. Elle décrit une relation fusionnelle et culpabilisante avec la mère : Baudelaire, profondément affectif, accepte les reproches et veut sincèrement s'amender, mais la vie l'appelle ailleurs. D'où la formule « révolté mais pas rebelle ». Une archive de Georges Bataille rapproche sa culpabilité d'écrivain de celle de Kafka, celle de l'enfant qui désobéit à des parents aimés.
Elle raconte le jeune dandy, amateur de bizarrerie et de surprise, mystique et chrétien à sa façon jusqu'à la fin. Majeur, il dilapide la moitié de son héritage en deux ans, et contracte tôt une syphilis soignée à l'opium, qui le conduira au laudanum. Pour l'arracher au « pavé glissant de Paris », la famille l'envoie vers les Indes. Viéville Degeorges juge ce voyage sous-estimé : la tempête, l'infini de la mer et la sensualité écrasante des Mascareignes fixent selon elle la sémantique des Fleurs du mal. Une archive de Pierre Pachet évoque le corps féminin en mouvement dans les poèmes érotiques, et elle décrit la relation tumultueuse avec Jeanne Duval. L'hypothèque de sa terre de Neuilly déclenche le conseil judiciaire de 1844, qui place sa fortune sous la tutelle du notaire Ancelle et fait de lui un éternel mineur. Il vit cette exposition publique de ses affaires intimes comme une prostitution, et sombre dans une pauvreté qu'aggravent les dettes de jeunesse, alors que ses amis découvriront à sa mort qu'il était resté riche.
En 1848, Baudelaire sur les barricades veut « aller fusiller le général Aupick ». La mort d'Aupick un mois avant la parution des Fleurs du mal (1857) le prive de sa revanche, et la condamnation pour immoralité, qu'il n'avait pas vue venir, l'abat. Viéville Degeorges raconte la fuite en Belgique pour échapper aux créanciers, l'attaque à l'église Saint-Loup de Namur, l'aphasie réduite au seul mot « crénom », et l'espoir tenace d'être debout à une date fixée, jusqu'au renoncement final. Elle conclut qu'on oublie trop combien il fut travailleur et plein d'espérance. L'émission inclut une chronique de Julien Bisson sur la cuisine des écrivains et des lectures de Jacques Bonnaffé.
Excerpts
Isabelle Viéville Degeorges sur la formule « révolté mais pas rebelle » :
“il est d'accord pour dire oui c'est ma faute c'est ma très grande faute je vais changer ces temps et gère beau-père et c'est en ça alors c'est en ça que c'est un révolté jamais un rebelle en fait parce qu'il oui ilan et baudelaire est un affectif [...] il aime ses parents il comprend ce qui lui demande il trouve ça logique et il veut sincèrement le faire”
Georges Bataille, en archive, sur la culpabilité de Baudelaire et de Kafka :
“l'un et l'autre ont eu conscience qu'il se mettait du côté du mal et que par conséquent il était coupable [...] ils se sont sentis dans la situation de l'enfant devant les parents de l'enfant qui désobéit et qui par conséquent se met dans une situation de mauvaise conscience”
Isabelle Viéville Degeorges sur le voyage aux Mascareignes :
“la chaleur est énorme l'humidité le taux d'humidité des normes aussi donc le ciel est gris très très chaud les couleurs ne ressemble à aucune autre couleurs les odeurs sont extrêmement prégnante [...] et quand on regarde la poésie de baudelaire et sa sensualité et l'état dans lequel d'épuisement dans lequel il arrive c'est un choc complet”