Cohen-Solal, Annie & Semprún, Jorge
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Core ideas
L'émission part des obsèques de Sartre, décrites par Bernard-Henri Lévy comme des funérailles de pape. Annie Cohen-Solal juge ce texte une reconstruction et raconte y être venue avec Henriette Nizan, oubliée de tous et maltraitée par Simone de Beauvoir. Elle rappelle que Sartre n'a eu que quatre vrais interlocuteurs : Nizan, Aron, Beauvoir et Benny Lévy. Raymond Aron disait devoir lui servir d'« interprète » auprès des professeurs, tant Sartre avait « une théorie par minute ». Elle a découvert Sartre en khâgne par la préface d'Aden Arabie, où il réhabilitait en 1960 Nizan, calomnié comme traître par le Parti communiste. Elle refuse l'image d'un Sartre « fourrier » du PCF. Selon elle, il fut anarchiste et apolitique jusqu'à quarante ans, ne votant pas en 1936, puis son œuvre philosophique suit ses échecs politiques. L'Être et le Néant vient après le groupe « Socialisme et liberté ». Les Cahiers pour une morale viennent après le RDR de 1947, « ni Moscou ni Washington ». La Critique de la raison dialectique vient après le compagnonnage de 1952-1956, qu'elle juge « pas brillant ». L'animateur insiste sur l'interdiction des Mains sales à Vienne et sur le choix de l'URSS confié à Aron en 1946. Elle met en doute ce récit des mémoires de Beauvoir et souligne un Sartre très américanophile, protestant laïque par son grand-père, passionné de jazz, de bandes dessinées et de cinéma, « héritier subversif » qui fit entrer Husserl et Heidegger en France.
Une archive d'Aron explique la brouille par un moraliste incapable d'amitié avec qui ne pense pas comme lui, opposé au libéral qui a « la peau dure » et accepte les conflits. Cohen-Solal en convient, en citant la rupture violente avec Camus et le texte de 1968 contre « les Bastilles de Raymond Aron ». Elle oppose cependant Aron le mandarin, marié et conventionnel, à Sartre le pédagogue démocratique, marginal et provocateur. Au Havre, il parlait de cinéma aux élèves lors de la distribution des prix, faisait cours sur le roman américain et emmenait ses élèves à la boxe. Il a aussi inventé avec Beauvoir une vie amoureuse sans hypocrisie bourgeoise. Elle insiste sur sa générosité discrète, comme le financement pendant dix ans des études de Robert Misrahi, jeune juif sous l'Occupation. Elle découvre à l'antenne un texte de jeunesse publié par Aron, « Je suis un petit garçon qui ne veut pas grandir », plus doux que l'ironie des Mots, autobiographie qu'elle juge injuste envers le grand-père Schweitzer.
Cohen-Solal évoque la formule « penser contre soi-même », L'Idiot de la famille écrit contre Flaubert le soir tandis que Sartre distribuait La Cause du peuple le jour, et la tension entre ses pieds dans le présent et sa culture classique (au piano avec sa fille adoptive Arlette). Elle souligne son dialogue avec les grands hommes du passé et les jeunes de l'avenir, d'Alioune Diop à Fanon, et l'intérêt qu'il suscite chez les étudiants noirs et amérindiens aux États-Unis, alors qu'il serait au purgatoire en France. Un texte de François George décrit Sartre attentif au chien d'Arlette, ce qui nuance sa formule « un anticommuniste est un chien ». Dans le journal, Jorge Semprún part d'un vers de René Char (« la lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil ») pour définir la philosophie comme passage de la perplexité à la lucidité. Il appelle à retrouver l'étonnement devant l'Europe, figure spirituelle pensée par Husserl en 1935, contre le repli sur les intérêts nationaux.
Excerpts
Annie Cohen-Solal sur les interlocuteurs de Sartre :
“Sartre a eu très peu d'interlocuteurs intellectuels successivement ça a été Paul Nisan Raymont Aron Simone de beauauvoir et Benny Lévi c'est très simple Sart n'a pu communiquer que par des intermédiaires Sart avait du mal à faire comprendre sa pensée qui était tellement géniale tellement complexe tellement épaisse”
Raymond Aron (archive) sur leur brouille :
“dans le cas de Sartre je crois que pour lui l'amitié intellectuelle est incompatible avec un dissentiment politique sérieux parce qu'il est un moraliste et que il a de la peine à croire qu'on puisse avoir une opinion différente de la sienne pour des raisons politiquement ou moralement aussi valable que les sienes”
Annie Cohen-Solal sur le pédagogue :
“il est du côté des des jeunes il est du côté des effervescen il il est du côté de la société civile il est du côté des émergences il est du côté des exclus”