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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Dugrand, Alain

Dugrand, Alain

écrivain, ancien journaliste, auteur de Conrad. La vie à la mer, La Table ronde, 2014

Joseph Conrad (1/4) : Rendre grâce aux vaincus

Rien ne veut rien dire · Nov 18, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full (environ cinquante minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec des erreurs de reconnaissance, notamment sur les noms propres)

Core ideas

Un écrivain pour écrivains, pessimiste et tragique. Dugrand présente Conrad (admiré de Romain Gary et de Borges) comme un « écrivain pour écrivains », aux structures romanesques très élaborées, premier moderne qui traite non de l'aventure mais de l'homme prisonnier d'un noir destin, d'un pessimisme absolu devant toutes les entreprises humaines (L'Agent secret, qu'Edward Said invitait à relire après le 11-Septembre, met en scène le terrorisme et l'absurdité de l'acte). Il insiste que Conrad n'est pas un écrivain de la mer (peu de scènes de tempête, des vapeurs poussifs, des « prolétaires de la mer ») ni un écrivain politique, mais un tragédien : les hommes pris dans des événements qu'ils n'ont pas provoqués. Orphelin à douze ans, fils d'exilés polonais nationalistes, il garde une mélancolie de fond, une horreur du progressisme et du socialisme, et un attachement à la Grande-Bretagne qui l'éloigne de son ami Roger Casement.

Marseille, la France et la mer. Dugrand plaide pour l'importance des années françaises (1874-1878 : Marseille, les Polonais de la ville, la famille de Lestang, le pilotin Cesar Cervoni, Hyères, la Corse, les radicaux comme Clovis Hugues et Jules Guesde, le deuil de la Commune) et de la Bretagne (l'Île-Grande, lune de miel avec Jessie, sa dactylo) ; la littérature française (Flaubert, Maupassant) est le fondement de son esthétique, et il parle français avec un accent provençal. Il quitte la mer après vingt ans, malade (asthmatique, blessé), pour l'écriture, mais manque toujours d'argent. Lord Jim naît d'histoires entendues dans les ports (le naufrage du Jeddah, devenu le Patna) : un roman de l'honneur, du mépris de soi et de la réhabilitation.

Au cœur des ténèbres et le tragique. Lévi-Strauss et Dugrand lisent Au cœur des ténèbres comme l'œuvre d'un quasi-ethnologue : une Afrique monstrueuse, dix millions de morts sous Léopold II, une critique du système colonial par l'écrivain, qui a influencé les écrivains africains, Malinowski, Leiris. Conrad est un prosateur étrange, pensant en français et écrivant en anglais ; à sa mort en 1924, à Canterbury, le jour du festival de cricket, presque personne n'était à son enterrement. L'émission se clôt sur la chronique de Georges-Marc Habib (L'Avancée de la nuit de Jakuta Alikavazovic, Sciences de la vie de Joy Sorman, Fou de Christopher Moore) et sur Akhmatova.

Excerpts

“« c'est un écrivain pour écrivains »”

“« conrad et contraire d'un écrivain politique c'est un tragédien »”

“« tous les hommes sont frères et comme tels ils savent deux choses sur leurs comptes réciproque »”