MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Rien ne veut rien dire/Jaccottet, Philippe & Schlöndorff, Volker & Cometti, Jean-Pierre & Pachet, Pierre & Daigger, Annette

Jaccottet, Philippe & Schlöndorff, Volker & Cometti, Jean-Pierre & Pachet, Pierre & Daigger, Annette

Jaccottet, Philippe: poète, traducteur de L'Homme sans qualités et des Journaux

Schlöndorff, Volker: cinéaste, réalisateur des Désarrois de l'élève Törless

Cometti, Jean-Pierre: philosophe, spécialiste de Musil

Pachet, Pierre: écrivain et essayiste

Daigger, Annette: chercheuse au Centre de recherche Robert Musil de Sarrebruck

Un intervenant au nom mal restitué (« Joël Roussi », nom incertain) commente l'« autre état » dans un café viennois et au billard. Un psychiatre de l'hôpital Steinhof (nom incertain) fait visiter le pavillon où fut internée Alice Charlemont. L'émission est enregistrée à Vienne, dans l'appartement de la Rasumofskygasse, au Café Museum, à la Bibliothèque nationale devant les manuscrits et au Steinhof. Des extraits de L'Homme sans qualités, de Grigia et des Journaux sont lus par Marcel Cuvelier.

Une Vie, une œuvre : Robert Musil, un homme sans qualité (1880-1942)

Rien ne veut rien dire · Jan 11, 2017 · partial coverage

▶ Watch on YouTube

Coverage note: full - transcription automatique de bonne qualité.

Core ideas

L'émission s'ouvre sur le célèbre début viennois du roman et visite l'appartement de la Rasumofskygasse, où Musil vécut une « émigration intérieure » avec Martha de 1921 à 1938, entre des séjours à Berlin, avant l'exil et la mort à Genève en 1942. De son bureau d'angle, il voyait le palais Salm, modèle de la demeure d'Ulrich. Volker Schlöndorff dit s'être détourné du livre comme d'une « lecture dangereuse ». Il y voit l'œuvre tragique d'un homme isolé qui, à force de rester ouvert à toutes les options, a voulu résoudre l'esthétique et l'éthique dans un seul roman et s'y est perdu, comme son personnage, sans arriver au bout de son livre. Jean-Pierre Cometti répond que l'indétermination est essentielle. Quand Walter le traite d'« homme sans qualités », Ulrich assume cette condition, se met « en vacances de la vie » et entre dans la dimension de l'essai et du « sens du possible ». Cette phase préparatoire mène, dans la seconde partie, à l'« autre état » avec sa sœur Agathe, un état de réceptivité intense, sans finalité, opposé au calcul, que l'intervenant du café voit bordé par la folie.

Philippe Jaccottet, bouleversé par le livre à vingt ans, en reconstitue le plan. Une année d'août 1913 à août 1914 devait s'achever sur la mobilisation. La première partie peint ironiquement l'« Action parallèle », comité destiné à célébrer les soixante-dix ans de règne de François-Joseph, et balaie les idéologies creuses. La seconde commence avec la mort du père, annoncée par télégramme du défunt lui-même, et les retrouvailles avec la sœur jumelle. Elle devient une « île » où le désir reste désir et où l'extase hors du temps ne peut durer. Jaccottet pense que Musil n'aurait jamais achevé le livre, même avec plus de temps. Il retrace aussi les querelles d'édition : l'édition d'Adolf Frisé, qu'il a traduite, numérotait des chapitres posthumes, dont le « Voyage au paradis » où l'inceste s'accomplit. Les traducteurs anglais Kaiser et Wilkins y voyaient au contraire un Musil « mystique profane » à travers les chapitres sur l'amour séraphique. Il rappelle aussi la Fernliebe, l'amour à distance du jeune Ulrich, et l'intensité du non-accomplissement dans les « conversations sacrées ».

Cometti analyse la perte du moi comme une autre communication avec le réel, par la gémellité, jusqu'à une indistinction proche de l'expérience mystique, et relève l'indifférence ludique des jumeaux devant le père mort. L'intervenant du café parle d'un temps qui « s'élargit » au lieu de s'allonger, de l'absence de buts qui rend Musil étranger à la stratégie, et d'une « stratégie de l'infidélité » liée à l'amant qui vivait chez ses parents, le « principe de raison insuffisante ». Annette Daigger décrit les manuscrits, plus de 6 000 pages réécrites jusqu'à sept fois, avec des ratures « géométriques », et le rôle de Martha dans le personnage d'Agathe. La visite du Steinhof évoque Alice Charlemont, modèle de Clarisse, internée et morte en 1942. Cometti montre que Clarisse et l'assassin Moosbrugger sont des « rivaux pathologiques » d'Ulrich. Jaccottet évoque enfin un mariage fusionnel et étouffant et l'exil suisse misérable, où Musil devait mendier l'aide de Thomas Mann.

Excerpts

Volker Schlöndorff sur une lecture dangereuse :

“à un certain moment, je je m'en suis détourné comme comme de d'une lecture dangereuse. Euh euh c'est c'est à perdre la raison. C'est un roman à proprement sur quelqu'un, je crois, qui qui a voulu euh résoudre les les grandes questions esthétiques et éthiques euh dans un seul roman et qui euh qui a perdu la tête”

Jean-Pierre Cometti sur la mise en congé de la vie :

“c'est à ce moment-là qu'il dit lui-même se mettre, si on se souvient, en congé ou en vacances de la vie. Et c'est-à-dire précisément que dès ces instants-là [...] alors euh tout entre dans une dimension d'indétermination, une dimension qui est la dimension de l'essai.”

Philippe Jaccottet sur l'inachèvement :

“je pense quant à moi si Musil lui-même avait été quelqu'un d'autre je crois que même s'il avait bénéficié de circonstances meilleures et s'il avait vécu plus longtemps il n'aurait jamais achevé L'homme sans qualités.”