Guenancia, Pierre & Coqui, Guillaume & Noudelmann, François
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Core ideas
L'animatrice part de la générosité, définie à l'article 153 des Passions de l'âme comme la juste estime de soi fondée sur la libre disposition de ses volontés et la ferme résolution d'en bien user. Elle demande si cette morale du contentement intérieur ne disqualifie pas autrui et la sphère politique. Pierre Guenancia récuse la lecture solipsiste : l'article lui-même étend aussitôt cette expérience du libre arbitre à tous les hommes. L'ego cartésien serait « distributif » et non ségrégatif, plus démocrate que les démocrates puisque chacun dispose du même pouvoir sur soi. Il souligne que Descartes parle de « l'homme » et de « soi-même » plutôt que du « moi », à la différence de Pascal, dont le moi isolé et haïssable regarde les autres comme un spectacle. Il refuse aussi le mot d'individualisme, puisque la générosité consiste justement à dépasser la recherche de l'intérêt, de l'honneur ou des richesses.
Sur le refus des promesses dans la troisième partie du Discours, que l'animatrice oppose à la promesse chez Hannah Arendt, Guenancia répond que Descartes vise les engagements envers des collectifs anonymes et non les liens d'amitié. Il préserve avant tout sa liberté de jugement, d'où ses déménagements fréquents. À la promesse, il oppose la résolution, fidélité à soi-même qui n'exclut pas de réviser ses jugements. Les lois sont pour lui un « pis-aller » destiné aux esprits faibles, une enceinte qui permet de vivre ensemble sans se nuire, non le ciment des relations humaines comme chez les théoriciens du contrat. La générosité reste un idéal, une idée régulatrice plus qu'une donnée. Guenancia juge cette conception modeste de la politique, qui prend les hommes tels qu'ils sont, préférable aux politiques qui veulent transformer l'homme. Il se dit sceptique devant la promesse rousseauiste d'une liberté accrue par la loi, et soutient que Marx partage aussi un souci de l'irréductibilité de l'individu.
La lettre où Descartes écrit qu'un homme qui vaut plus à lui seul que toute sa ville n'aurait pas raison de se perdre pour elle conduit Guenancia à insister sur le primat du jugement. Aucune loi universelle ne peut s'y substituer, et penser par soi-même implique parfois de faire sécession d'un collectif criminel. Il distingue l'obéissance cartésienne aux lois et coutumes, simplement reçues de l'histoire comme une facticité qu'on ne refait pas, de la démystification pascalienne du « fondement mystique de l'autorité ». Interrogé sur la tyrannie, il pense qu'un idéal de raison, de science et de santé ne peut légitimer l'oppression, et qu'un cartésien peut résister. À propos de Danton, il soutient que Descartes pense constamment au bien des autres et des générations futures (médecine, progrès des sciences), et voit chez certains révolutionnaires, comme chez les dévots de l'article 190, le vrai refus de l'altérité. Dans le « Journal de la philosophie », Guillaume Coqui présente De la torture de Bentham. Poussant la logique utilitariste jusqu'au bout, Bentham conclut que la torture est presque toujours inutile mais refuse de l'interdire en principe. Coqui y voit une préfiguration des débats américains d'après le 11 septembre.
Excerpts
Pierre Guenancia sur le caractère universel de la générosité :
“dans le concept de générosité est impliqué l'universalité des hommes et la possibilité par chacun de faire l'expérience que je fais moi même de mon libre arbitre fonds d'écarter et plus démocrate que tous les démocrates en pensant que le pouvoir que chacun a sur soi n'est pas un pouvoir ni plus grand ni plus petit que celui que toute autre peut avoir”
Pierre Guenancia sur la loi comme pis-aller :
“il ya des lois parce que les individus ne sont pas tous raisonnables [...] mais il ne fait pas de la loi le ciment de la société humaine autrement dit les rapports entre les individus ne sont pas des rapports qui sont médiée par la loi comme ça va être le cas dans la pensée politique moderne [...] la loi c'est une enceinte qui nous en aux kids ou qui nous permet de rester ensemble sans nous faire du mal ensemble mais c'est un pis-aller”
Pierre Guenancia sur le jugement comme seule règle :
“aucune loi universelle ne peut venir se substituer au jugement mais le jugement est d'une certaine manière ma seule loi ou ma seule règle je préfèrerais dire que loi et par conséquent si un jour je juge qu'il est nécessaire de me sacrifier pour mon pays pour ma patrie pour les autres pour ma famille pour etc et bien je le ferai et je le ferai avec un coeur généreux c'est à dire sans remords”