Lorquin, Bertrand & Morel, Jean-Paul & Roquebert, Anne
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (environ cinquante-trois minutes ; sous-titres YouTube automatiques en français, avec de nombreux noms déformés)
Core ideas
Un aristocrate infirme et un peintre du « vivant ». Né à Albi en 1864 d'un mariage entre cousins germains, Lautrec voit sa croissance arrêtée par une fragilité osseuse héréditaire, que les intervenants distinguent de l'accident des fractures ; privé du cheval et de la chasse de son milieu, il dessine, s'autocaricature, et garde un humour constant. Sa mère, comtesse de Toulouse-Lautrec, qui l'accueille à Malromé et auprès de qui il meurt, apparaît dans des portraits tendres, aux yeux baissés, brossés d'un trait rapide (fa presto) où le fond compte moins que le personnage. À Paris, il s'installe à Montmartre, quartier populaire de blanchisseuses, de cabarets (Moulin de la Galette, Chat Noir, Moulin Rouge), où il trouve ses modèles (la rousse Carmen, Jane Avril, La Goulue, Yvette Guilbert, Aristide Bruant) et choisit une modernité au sens de Baudelaire : peindre ce qui se voit, sans sujet historique, en admirateur de Degas et sans adhésion aux impressionnistes.
L'affiche, la couleur et le non-fini. L'affiche est présentée comme son invention : sous l'influence de Bonnard, il fait avec Moulin Rouge (1891) un chef-d'œuvre qui construit l'espace et introduit la couleur, puis les séries de Bruant (dont le personnage finit de dos, reconnaissable à son code vestimentaire), Jane Avril, Yvette Guilbert, qui n'y voit qu'une caricature cruelle. Les intervenants soulignent que Lautrec force le trait pour révéler l'intérieur, qu'il rend la lumière du gaz et s'intéresse aux supports éphémères, et que le « non-finito » de ses cartons (la femme qui tire son bas, sans pieds ni mains) appelle le spectateur à compléter l'œuvre. Ils voient en lui un « père orphelin » de l'expressionnisme, pris entre deux époques.
Maisons closes, internement, mort. Ses tableaux de la prostitution (Au salon de la rue des Moulins) montrent sans érotisme ni jugement des femmes ennuyées, attendant le client, dans des gammes de rouges et de verts dissonantes et un décor plus travaillé qu'à l'accoutumée. Interné à Neuilly en 1899 pour alcoolisme, sur décision de sa mère, il fait face à une campagne de presse hostile et à la presse qui le traite de dégénéré, mais prouve par ses dessins sa lucidité et sort après quelques mois. Il meurt à 37 ans, ayant « brûlé sa vie » par le travail autant que par l'alcool et les plaisirs. L'émission se clôt sur le souvenir de Tristan Bernard : Lautrec, au vélodrome ou au rugby, s'intéressait au cadre et aux gens plus qu'au résultat.
Excerpts
“« ce qui intéresse l'utra de toute façon c'est le vivant »”
“« tout d'un coup la le tableau peut s'échapper de son cadre »”
“« il renverse l'éphémère en en intemporel »”