Raymond, Didier & Bourel, Dominique & Tunner, Erika & Goldschmidt, Georges-Arthur
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Core ideas
Un milieu cosmopolite et fragile. Arthur Schopenhauer naît à Dantzig en 1788, fils d'un riche commerçant hanséatique, cultivé, voltairien, lecteur du français, et de Johanna, de vingt ans plus jeune, romancière à succès qui tient salon ; il a une sœur, Adèle. La famille quitte Dantzig quand la ville est annexée par la Prusse, et Arthur reste anti-prussien. Les intervenants évoquent les faiblesses d'esprit et les dépressions dans la lignée paternelle (deux frères tenus pour fous), l'hérédité sur laquelle Schopenhauer lui-même insiste. Le père veut faire de lui un « citoyen du monde » (prénom Arthur, commun à toutes les langues européennes) ; il apprend le français au Havre et l'anglais pendant six mois à Londres.
Le grand tour et les années d'apprentissage. À seize ans, il choisit d'accompagner ses parents dans un grand tour d'Europe (France, Angleterre, Suisse, Autriche, Silésie, Prague) plutôt que des études commerciales ; il en rapporte des langues, des livres (plus du tiers de sa bibliothèque est française ; il annotait dans la langue de l'auteur), le souvenir des Alpes et un regard déjà pessimiste : le bagne de Toulon, une pendaison à Londres, les horreurs de la Révolution à Lyon, que sa mère note tout autrement (elle craint qu'on les égorge). Les intervenants le situent à la charnière entre les Lumières finissantes et l'idéalisme, en porte-à-faux avec les universitaires, fils de pasteurs.
Le père, la mère, les femmes. Le père, marqué par la dépression, tombe de la fenêtre (mort peut-être par suicide, à propos duquel on n'a pas de certitude) alors que sa mère se divertit ; Arthur, quelque dix-sept ans, est consterné et ressent la pitié, thème de sa philosophie ultérieure. Le texte lu évoque ses deux années perdues pour l'école mais gagnées pour la vision des choses (« ne pas prendre les mots pour les choses »). Ses relations avec sa mère sont difficiles : conflit sur la sociabilité, incompréhension de son génie (elle crut que sa thèse sur le principe de raison suffisante parlait de racine dentaire) ; la sœur partage cette incompréhension. Sur ce fond, les intervenants discutent de sa misogynie et évoquent trois rencontres : l'actrice Caroline Jagemann à Weimar, une certaine Caroline Richter (Medon) à Berlin, la jolie Vénitienne Teresa Fuga rencontrée devant Byron, tandis que Goldschmidt rapproche la misogynie du XIXe, l'antiféminisme, le foetor judaicus et Freud.
Excerpts
“« il suffit quand on regarde ces vis et ses vertus de regarder du côté du père pour savoir d'où on vient »”
“« il voulait absolument faire de son fils un citoyen du monde comme il disait »”
“« à me défier des formules et à ne pas prendre les mots pour les choses »”