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Caron, Maxence & Cabestan, Philippe & Jambet, Christian

Caron, Maxence: philosophe, spécialiste de Heidegger

Cabestan, Philippe: philosophe, présent toute la semaine

Jambet, Christian: philosophe, auteur de Qu'est-ce que la philosophie islamique ?, invité du journal d'Adèle Van Reeth

L'émission est animée par Raphaël Enthoven, appelé par son prénom par ses invités. Des extraits d'Être et Temps (§ 44), de poèmes de Hölderlin et de René Char (« À M. H. ») sont lus par Daniel Mesguich.

« Être et temps » (5/5) : La vérité comme dévoilement

Rien ne veut rien dire · Jan 1, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique de bonne qualité.

Core ideas

Le passage du § 44 sur l'« ouvertude » du Dasein ouvre une discussion sur la traduction. François Vezin rend le suffixe -heit (Erschlossenheit) par « -ude » pour marquer un état. Caron et Cabestan préfèrent « ouverture » ou « être-ouvert ». Cabestan pose l'idée centrale : le Dasein est « dans la vérité » parce qu'il est ouverture à l'être, du seul fait d'être-au-monde, où se déploient les étants. Heidegger rompt avec la vérité comme adaequatio rei et intellectus et avec les philosophies de la représentation qui séparent le sujet de l'objet. Caron insiste sur une introduction d'Être et Temps encore confuse, qui parle de veritas transcendentalis. C'est l'être qui prend l'initiative d'ouvrir la vérité et l'homme qui répond. Il rattache cela à Hegel, pour qui « le vrai est le tout ». Il souligne que le Da-sein, « là de l'être », n'est pas l'homme mais ce en quoi l'homme se trouve, et qu'une même parole fait éclore l'homme et ce qu'il regarde, comme une « épiphanie constante ».

Cabestan note qu'Être et Temps ne démontre rien mais montre et décrit : décrire, c'est dévoiler. Heidegger revient à l'alètheia grecque, dont la vérité-adéquation n'est pas fausse mais dérivée, perdue avec Aristote. Caron ajoute que la vérité est aussi retrait : l'être se retire pour que l'étant paraisse, comme dans un don où le donateur s'efface, sous l'influence de la physis présocratique comme éclosion. Contre Nietzsche, qui voulait dévêtir la vérité-femme, Heidegger veut qu'elle garde sa part d'ombre. Le philosophe doit dévoiler ce qui se voile, ce qui conduit de l'angoisse à la Gelassenheit, le « laisser-être ». Le vers de Hölderlin (« ce que tu cherches est proche et vient déjà à ta rencontre ») illustre selon Cabestan l'absence de conquête de la vérité absolue, à rebours de la modernité cartésienne qui veut maîtriser et connaître entièrement la nature. Caron lit le poème de René Char à Heidegger : l'automne, retrait de l'être, va plus vite que le râteau du jardinier, l'homme technique qui veut tout rendre disponible. La Lichtung, « éclaircie » qui permet aux étants de paraître, est elle-même nocturne.

L'animateur demande comment parler de l'intérieur d'une œuvre qui refuse le rapport sujet-objet, au risque que le fondamental paraisse fumeux. Cabestan propose une lecture historienne : Husserl, à qui le livre est dédié, et la phénoménologie de l'évidence et de la monstration. Caron conseille de passer par les cours (Problèmes fondamentaux de la phénoménologie, Prolégomènes à l'histoire du concept de temps), plus pédagogiques. Il raconte des étudiants qui sortaient des cours sans pouvoir dire de quoi Heidegger avait parlé tout en l'ayant compris, signe du voilement-dévoilement de l'être, qu'on ne peut définir sans le circonscrire. Cabestan distingue enfin Heidegger de Descartes : il ne repart pas de zéro, il pense « en dette » envers une tradition qu'il « déconstruit » pour montrer d'où dérivent les définitions classiques. Dans le journal, Christian Jambet présente la philosophie islamique comme la manière dont l'islam prend conscience de soi dans la philosophie (Farabi, Avicenne, Mollâ Sadrâ). Il décrit une hiérarchie néoplatonicienne entre l'islam du commun, celui du prophète et celui des philosophes, et l'oppose au partage pascalien entre philosophie et religion. Adèle Van Reeth signale aussi La Voix des personnages de Martine de Gaudemar.

Excerpts

Philippe Cabestan sur le Dasein dans la vérité :

“il y a cette idée que le design et bien il est dans la vérité parce que il est ouverture justement il est ouverture ouverture à quoi à lêtre et comment est-il ouverture à lêre tout simplement par parce que il est au monde l'un et l'autre l'un est inséparable de l'autre”

Maxence Caron sur la vérité comme retrait :

“il s'agit pas d'un dévoilement seulement d'une éflorescence mais il s'agit d'un dévoilement qui en même temps simultanément c'est ça qui est difficile à penser qui en même temps est retrait”

Philippe Cabestan sur la vérité-adéquation :

“il tente de revenir à une entente une compréhension originaire de la vérité par rapport à laquelle précisément l'idée de la vérité comme adéquation [...] est une conception qui est non pas fausse c'est ça qui est intéressant mais dérivée”