Attias, Jean-Christophe
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Core ideas
Un Moïse fragile, pas un surhomme. L'émission écarte le Moïse des péplums (Cecil B. DeMille) pour un Moïse hésitant, bègue, qui refuse la mission et doute, que Dieu choisit précisément parce qu'il est le moins bien équipé pour porter la parole (comme Sarah, stérile). Tabari raconte l'épreuve des charbons ardents : le jeune Moïse, mis à l'épreuve par Pharaon, se brûle la langue, d'où son bégaiement ; Aaron complète Moïse, comme dans l'opéra de Schönberg (abstraction contre image). Attias souligne l'inachèvement : Moïse ne rentre pas en terre promise et n'a pas de tombe, ce que les rabbins lisent comme une protection contre l'idolâtrie. Il note aussi une dimension féminine du personnage (deux passages où il parle de lui au féminin ; les femmes jouent des premiers rôles dans son destin).
Histoire, archéologie et récits. Thomas Römer expose qu'on ne retrouve aucune trace d'Israélites en Égypte : le nom « Moïse » est égyptien, un haut fonctionnaire (Beya) a été exécuté, la ville de Pithom n'est attestée qu'aux VIIIe-VIIe siècles, les six cent mille hommes poseraient un problème de population ; le récit reflète l'époque de sa mise par écrit plus que des événements, et la naissance de Moïse reprend une légende mésopotamienne. Freud (L'Homme Moïse et la religion monothéiste) y voit un Égyptien, ce qui rend l'origine étrangère, et un double Moïse, interprétation « dérangeante » ; la statue de Michel-Ange l'avait hanté depuis 1912. Hirt analyse le Coran : Moïse y est le prophète le plus cité, la sourate de la Caverne montre sa marche avec le mystérieux « Verdoyant » (Khidr) qui lui reproche de ne voir qu'à court terme, et le Coran se présente comme un « miroir éclaté » par rapport à la Bible.
La loi avant la terre et ses usages politiques. Arbib relève que les dix commandements sont donnés dans le désert, un lieu neutre, avant que le peuple ait une terre : la loi précède la terre, ce qui défie la philosophie politique ; la loi doit être proclamée pour que le droit existe, et Moïse intercède et négocie la sanction. Son récit a servi à de multiples revendications : croisades, les pères fondateurs des États-Unis qui se vivaient comme peuple élu traversant la mer, puis les esclaves noirs qui y ont lu la libération. Moïse est une figure transculturelle (judaïsme, christianisme, islam, laïcité) qui échappe à l'appropriation, et l'inachèvement voulu par Dieu en fait l'aboutissement de son destin.
Excerpts
“« nous n'avons pas la moindre trace pas un seul mot mentionnant la présence d'israélites en egypte »”
“« le peuple hébreu le seul peuple recevoir sa loi avant d'être en possession d'une terre »”
“« il choisit donc l'inachèvement du destin de moïse comme le véritable aboutissement de ce destin »”