Grenier, Roger & Markowicz, André & Morvan, Françoise & Minor, Nata & Rolin, Olivier & Mangeot, Philippe
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - transcription automatique de qualité moyenne, date de diffusion non précisée.
Core ideas
La productrice veut retrouver l'autre moitié de Tchekhov, celle des nouvelles et de L'Île de Sakhaline, moins connue que le théâtre. Nata Minor raconte une lecture d'adolescente bercée de nostalgie, celle d'une littérature d'exil où les personnages ne sont jamais dans le présent. Elle y voit aujourd'hui une œuvre cruelle sur la condition humaine, faite d'attentes et d'échecs. Marina Vlady raconte avoir cherché en vain, chez la veuve de Bounine, la seule photo de Tchekhov en train de rire. André Markowicz et Françoise Morvan expliquent qu'ils traduisent ensemble depuis 1986 et que chez Tchekhov un orme n'est pas un tremble : la précision concrète de la nature révèle la vie intérieure. Markowicz parle d'une « encyclopédie » du monde russe faite de centaines de nouvelles. Contrairement à Tolstoï et Dostoïevski, dont les descriptions illustrent une idéologie, Tchekhov n'en a aucune : chaque événement ne signifie que lui-même. Olivier Rolin admire un écrivain qui ne mythifie jamais le peuple russe, montre les moujiks comme des brutes et les soigne pourtant gratuitement. Il voit en lui un homme « bon ».
Roger Grenier résume le « secret » de Tchekhov : petit-fils de serf, fils d'un épicier de Taganrog dévot et violent, battu, contraint de chanter à l'église, resté seul après la faillite paternelle. La célèbre lettre à Souvorine décrit ce jeune homme qui chasse « goutte à goutte » l'esclave qui est en lui. Étudiant en médecine, il écrit près de 600 récits pour faire vivre sa famille. Morvan voit en lui le grand basculement littéraire, la fin de l'écrivain qui se prend pour un écrivain. Avec Markowicz, en travaillant sur l'édition académique, elle a redécouvert un théâtre plus moderne que celui normalisé par Stanislavski. Elle donne l'exemple de la mouette rieuse au capuchon noir, image théâtrale en blanc, noir et rouge. Markowicz décrit l'ennui russe comme une passion énergique, coupée du monde, et Morvan explique que plus la pièce parle d'ennui, plus elle doit être jouée vite. Nata Minor rapproche ces personnages qui savent saisir les petites choses d'une comédienne de Stanislavski qui avait survécu au goulag en regardant les aurores boréales. Markowicz conteste aussi la « cruauté » que Vitez voyait chez Tchekhov : on comprend toujours Arkadina, même dans son avarice.
Philippe Mangeot commente La Steppe : une nature et des personnages souverainement indifférents à l'enfant Iegorouchka, des intrigues nouées et jamais dénouées, l'attente déçue de Varlamov et des paroles « autistes » adressées à soi plus qu'aux autres. Il y voit la clé du jeu tchekhovien. Il distingue l'indifférence de l'auteur, qui « ne fait pas de différence » entre ses personnages comme un médecin entre ses patients, d'une froideur. Pour lui, cette éthique de l'accueil fonde une esthétique où sublime et trivial se valent. Grenier et Rolin évoquent le voyage de 1890 à Sakhaline, trois mois de supplice pour un homme déjà malade, et un recensement de tous les habitants sur 10 000 fiches. Rolin admire la modération d'un livre qui témoigne contre le bagne sans ton de procureur, sans prophétisme russe, à l'inverse de Tolstoï. Il souligne enfin que Tchekhov fut dreyfusard au point de se brouiller avec Souvorine.
Excerpts
André Markowicz sur l'absence d'idéologie :
“chez Tolstoy chez dostoyevski il est orienté par une idéologie et toute description est euh une illustration et une affirmation et un triomphe de cette idéologie Chekov je pense que je peux mettre au défi quiconque de dire quelle est l'idéologie de chckov”
Françoise Morvan sur l'ennui au théâtre :
“c'est plus on s'ennuie moins normalement c'est ennuyeux chez CHEO c'estàdire plus ça doit être jouer rapide c'est ça que les mur ont eu du mal à à saisir ils ont cru qu'il fallait faire lymphatique”
Philippe Mangeot sur la morale du médecin :
“il y a une morale c'est une morale de médecin la morale de l'écrivain tckov est une morale de médecin il ne fait pas de différence entre les personnages euh il les prend comme ils viennent euh il n'en privilégie pas un plutôt que d'autres il les entend tous comme on soigne tous les patients qui se présentent”