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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Campa, Laurence

Campa, Laurence

biographe et éditrice d'Apollinaire, professeur de littérature française à l'université Paris Ouest Nanterre ; nom orthographié de plusieurs façons dans les sous-titres

L’ivresse poétique (3/4) : Apollinaire

Rien ne veut rien dire · Dec 14, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full (environ cinquante minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec des erreurs de reconnaissance, notamment sur les noms propres)

Core ideas

Alcools : ivresse et création. Le recueil s'ouvre sur Zone, qui est un adieu et une aube : « Soleil cou coupé », « tu bois cet alcool brûlant comme ta vie ». Campa explique que le titre devait être Eau-de-vie (trop symboliste, trop lisible) et devient Alcools, au pluriel, multiplicité des sens plus moderne. L'ivresse est ici une métaphore de la création : « la poésie c'est ce qui va distiller le réel », le transformer sans le copier ni le décrire de manière naturaliste, c'est-à-dire l'« inventer » au double sens (trouver et créer). Apollinaire a pour devise « J'émerveille » (Breton, en 1956, insiste sur cette faculté d'émerveillement, entre exaltation du présent et mélancolie du temps qui passe) : l'émerveillement n'est pas niais, c'est une merveille au sens médiéval, qui frappe et peut effrayer. Apollinaire se tient entre le passé et l'avenir dans un présent instable ; lui-même fils naturel qui s'est inventé un nom, il fait de Zone le poème de l'errance dans un Paris de cafés qui rappelle les tableaux cubistes (guéridon, verre).

Brocante, simultanéité, ubiquité. Georges Duhamel avait qualifié Alcools de « boutique de brocanteur » ; pour Campa, le reproche visait la poésie livresque d'Apollinaire, qui puise dans toutes les lectures hétéroclites (almanachs, livres de cuisine, érotiques, poésie du XVIᵉ siècle), alors que cet assemblage, par association et par métaphore, forme une unité singulière, que reconnaîtront les surréalistes (le « mur de Breton » de la rue Fontaine). Nuit rhénane (« mon verre s'est brisé comme un éclat de rire ») montre des images neuves et familières à la fois, inspirées des légendes du Rhin mais modernes par collage et télescopage. Vendémiaire, où le poète « gosier de Paris » boit l'univers (« je suis ivre d'avoir bu tout l'univers »), recherche la simultanéité (cubisme, télégraphie sans fil, quatrième dimension) ; il se rapproche de Tirésias qui a présents le passé, l'avenir et le présent. C'est une dépossession de soi avec contrôle, à la lisière entre le dérèglement rimbaldien et l'écriture automatique.

Excès, amour, amitié, auto-engendrement. Apollinaire cherche l'excès de l'imagination (il préférait Sade à Baudelaire, trop mortifère), pas dans sa vie : pour lui, l'ivresse n'est pas celle des sentiments mais celle des sens, toujours sombre, et son chant amoureux ne se déploie que dans la perte (Le Pont Mirabeau). L'amour comble parfois en amitié : le discours pour le mariage d'André Salmon (« nous avons des droits sur les paroles qui forment et défont l'univers »), rencontré en 1903 dans une cave du Quartier latin avec Jarry, montre que vivre en poésie, c'est effacer la frontière entre vie et création, se faire une légende. Orphée (Le Bestiaire ou Cortège d'Orphée), qui jette un dernier regard et est déchiré par les femmes, est sa figure tutélaire, et le phénix l'image d'un « auto-engendrement », que Breton lui reprochera plus tard comme enivrement de sa propre parole, tout en le nommant le « dernier poète ».

Excerpts

“« la poésie c'est ce qui va distiller le réel »”

“« boutique de brocanteurs ça voulait dire dans l'esprit duhamel que finalement rien n'appartenait à en propre apollinaire »”

“« je suis ivre d'avoir bu tout l'univers »”