Demars, Aurélien
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Core ideas
Lucidité et joie : l'humour de Cioran. Clément Rosset voit en Cioran celui qui a posé le plus clairement la question de l'alliance entre lucidité et joie, possible dans les faits (Nietzsche, l'humour espagnol, Mozart) mais impossible en théorie. Demars distingue la joie et le rire : Cioran riait aux éclats en société (Ionesco lui disait qu'il écrivait des choses tristes mais était drôle en vie, quand lui-même écrivait des choses drôles mais était triste) et rentrait chez lui pour pleurer ; il décrit une « grammaire de l'inarticulé » (larmes, cris, sourires). « Le pessimiste qui sait rire » est au-delà du nihilisme ; Cioran se moque des Allemands, théoriciens du rire sans humour, de Nietzsche, qui sait être acide sans savoir rire de soi, et dit que « les pessimistes sont des humoristes » : ils ne vont pas jusqu'au bout.
Nuances du rire : ricanement, ironie, grotesque, auto-ironie. Le rire est naïf et sincère, le ricanement rancunier et solitaire, le rire sardonique plus meurtrier encore ; l'ironie funèbre, l'auto-ironie suprême (rire de soi, de ses malheurs, déjà dans Sur les cimes du désespoir), le grotesque issu du désespoir. Cioran oppose à Bergson (le rire social qui humilie, masque d'un pessimisme profond) un rire existentiel et solitaire, exercice spirituel qui met à distance de soi ; Rosset, Ionesco, Beckett partagent cet absurde. Le portrait de Joseph de Maistre (Exercices d'admiration) est un portrait en négatif, et la raillerie vise l'homme plus que ses idées. Le « bonheur des idiots » est un néant de conscience, et l'on ne rit vraiment que parce qu'on voit le mal.
Suicide, tristesse, savoir triste. Dans l'entretien de 1973, Cioran dit que l'idée du suicide l'a sauvé : « ce qui m'a sauvé c'est l'idée de suicide », idée positive et stimulante que le christianisme a discréditée. Il conseille de passer vingt minutes dans un cimetière pour retrouver ses proportions : « la seule façon de supporter la vie c'est d'avoir la conscience du néant ». Une tristesse sans rire est une perdition (Le Crépuscule des pensées) ; la gaieté est un athlétisme pour qui n'en a pas l'habitude. Son « savoir triste » est l'envers du gai savoir de Nietzsche : la lucidité n'est pas abolie dans le rire, qui en est mis à distance, et le chien entendu à Talamanca ou les cimetières l'ont aidé, avec le tango, à rester en vie.
Excerpts
“« les pessimistes sont des humoristes »”
“« ce qui m'a sauvé c'est l'idée de suicide »”
“« la seule façon de supporter la vie c'est c'est d'avoir la conscience du néant »”