Métayer, Guillaume
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (environ cinquante minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec des erreurs de reconnaissance, notamment sur les noms propres)
Core ideas
Une dédicace qui n'est pas anecdotique. Nietzsche dédie Humain, trop humain (1878) à la mémoire de Voltaire, à l'occasion du centenaire de sa mort, et le livre est tissé de références et d'imitations : Métayer remarque que « la notion d'esprit libre chez Nietzsche a été n'a pas été pensé jusqu'à présent dans son rapport avec Voltaire », et que la sœur de Nietzsche, liée au national-socialisme, a voulu gommer cette parenté. Nietzsche emprunte à Voltaire la pointe finale, l'esprit épigrammatique (il écrit lui-même des épigrammes), la philologie : tous deux, philosophe devenu philologue et philologue devenu philosophe, mêlent une érudition considérable et la satire. L'esprit libre est celui qui sort des chaînes de l'amour et de la haine, détaché même de son détachement ; Nietzsche en fait le portrait en pleine lecture de la Généalogie et de Par-delà, contre les faux « esprits libres » égalitaires et nivelleurs.
Rire, destruction et construction ; esprit libre et libre penseur. Le rire de Voltaire, déiste, détruit la superstition et le fanatisme car il n'a pas à construire : « le rire voltairien détruit parce qu'il n'a pas besoin de construire » (le monde est déjà un ordre, de Newton à Dieu), tandis que Nietzsche dévoile un chaos qu'il faut conquérir, avec plus d'humour que d'ironie (il se moque aussi de sa propre raillerie : « il n'y a pas de fait, il n'y a que des interprétations »). Le libre penseur reste rivé à une foi concurrente (Nietzsche reproche à Voltaire et à Comte de surenchérir sur la morale chrétienne), alors que l'esprit libre est un « immoraliste » disponible au monde, sans point de vue moral. Tous deux critiquent Pascal et le dogmatisme des démonstrations : « ce qui a besoin d'être démontré ne vaut pas grand chose » (Nietzsche), jusqu'à Bergson.
Contrainte, liberté, vision hors centre. Voltaire apporte à Nietzsche la « danse dans les chaînes » (la contrainte poétique comme modèle de la liberté, empruntée aux lettres de Voltaire), le goût du siècle de Louis XIV, un classicisme sans rapport avec une vérité absolue, et le regard excentré de Micromégas (le traité de métaphysique : se mettre hors de la sphère de l'homme, comme un habitant de Mars) qu'on retrouve dans Vérité et mensonge. Métayer évoque aussi la « perfection dans la médiocrité » de Voltaire (pédagogue rendant ses idées accessibles, comme Jésus selon Nietzsche), la double tentation de la retraite (Sils-Maria, Ferney) et de l'adresse à tous, l'antijudaïsme commun (Nietzsche se disant « anti-antisémite »), et une pensée du silence où Nietzsche s'affranchit de Voltaire pour construire sa propre pensée.
Excerpts
“« la notion d'esprit libre chez Nietzsche a été n'a pas été pensé jusqu'à présent dans son rapport avec Voltaire »”
“« le rire voltairien détruit parce qu'il n'a pas besoin de construire »”
“« ce qui a besoin d'être démontré ne vaut pas grand chose »”