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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Berréby, Gérard

Berréby, Gérard

éditeur et écrivain, fondateur des éditions Allia en 1982 ; auteur d'entretiens et d'écrits sur le situationnisme

Guy Debord (4/4) : La société du spectacle

Rien ne veut rien dire · Apr 14, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full (émission d'environ 52 minutes, avec des extraits sonores — Debord lisant son livre dans son film, extrait de télé-réalité, Catherine Laborde et Nicolas Canteloup, chanson de Dutronc — et une chronique de revue finale sur le Japon sans rapport avec Debord ; transcription par modèle de langage, quelques mots incertains)

Core ideas

Un livre qui a fourni sa théorie à une jeunesse rebelle. Berréby situe La Société du spectacle (1967) et le Traité de savoir-vivre de Raoul Vaneigem, parus la même année, dans le climat d'une jeunesse radicale qui voulait « mettre la société à feu et à sang » et refusait tout respect des institutions : ces livres lui ont donné « du grain à moudre » pour se construire théoriquement. Il juge audacieux d'avoir analysé une société encore « à l'état de balbutiement » et estime que, contrairement à la plupart des livres critiques vite démentis ou oubliés, ses thèses se sont vérifiées, à tel point que les Commentaires de 1988 les ont seulement actualisées. Debord écrit lui-même qu'il faut lire le livre comme « sciemment écrit dans l'intention de nuire à la société spectaculaire ».

Le spectacle, une notion « galvaudée » fondée sur le fétichisme de la marchandise. L'animatrice souligne la difficulté du texte (221 thèses brèves, vocabulaire marxien : séparation, aliénation, fétichisme) et fait écouter les deux premières thèses lues par Debord dans son film. Pour Berréby, on met à tort dans « spectacle » le médiatique, les images ou le divertissement, ce qui sert le pouvoir en vidant la notion de sa substance ; elle est d'abord forgée sur le caractère fétiche de la marchandise de Marx (chapitre qu'Althusser aurait voulu supprimer dans sa préface). Le rapport marchand sépare l'individu de lui-même et des autres, la conscience inversée produit la réification de la pensée ; les individus deviennent eux-mêmes des marchandises, leur lien social étant médiatisé par la marchandise. Une citation de Feuerbach en tête du livre (préférer l'image à la chose, la copie à l'original) en donne le point de départ.

Exemples contemporains : télé-réalité et marchandisation de soi. À partir de la thèse sur le spectacle comme « cœur de l'irréalisme de la société réelle » (non un supplément au réel), l'animatrice illustre avec Nabilla et la télé-réalité (« Allô, quoi ! », phrase déposée comme marque). Berréby, plutôt que « tout est spectacle », insiste : « les individus sont devenus des marchandises », et cite un top model qui met sa virginité aux enchères comme exemple d'une morale d'époque (« monnaie, monnaie, monnaie »), opposée à la réponse d'Asger Jorn au prix Guggenheim (« Go to hell with your money, bastards »). La réussite sociale ne se mesure plus qu'à l'argent, hors de quoi il n'y a d'existence possible que marginale.

Pas de programme positif : les Commentaires et le « spectaculaire intégré ». Debord proposait dans La Société du spectacle les conseils ouvriers (aujourd'hui obsolètes, dit Berréby) ; dans les Commentaires (1988) il aggrave sa critique sans rien proposer, car on ne peut proposer dans un monde vidé de son sens, où le discours rationnel ne trouve plus sa place. Il y distingue le spectaculaire concentré (stalinisme, URSS, nazisme) et le spectaculaire diffus (États-Unis, libéralisme), fondus selon lui en un « spectaculaire intégré » dont le pouvoir est financier et occulte, sans chef d'orchestre visible : il n'y a plus d'homme providentiel, seulement des individus placés pour faire fonctionner les rouages. À l'accusation de complotisme, Berréby répond que le mot sert de mot de passe pour clore la discussion dès qu'on parle de manipulation, désinformation, instrumentalisation, citant les Brigades rouges et le coup d'État en Iran ; l'animatrice distingue la déréliction (un monde d'images qui ne renvoient qu'à elles-mêmes) de la thèse d'un chef d'orchestre caché (Le Truman Show).

Vedettes, police et surveillance horizontale. À partir de la thèse 60 (la vedette comme « spécialisation du vécu apparent »), l'animatrice rappelle que dans le film de Debord les images de Beatles ou de pin-up détournées montrent leur propre critique. Berréby voit dans l'injonction contemporaine à tenir un profil (page Facebook, photographier ce qu'on dit) l'accomplissement du mot de Debord (« là où domine le spectaculaire concentré domine aussi la police ») : chacun est tenu de se montrer et se soumet ainsi à une surveillance horizontale ; il évoque aussi l'infiltration du groupe de Tarnac par un policier pour illustrer l'inversion entre policiers et révolutionnaires. Le Petit Larousse (édition 2003) qualifie la critique de Debord de « radicale et prémonitoire ».

Objections de l'animatrice : le spectacle est-il forcément la misère ? Elle objecte que rien n'indique qu'il y ait un « au-delà » du spectacle (perspective nietzschéenne), que la thèse présuppose une vie plus authentique perdue, alors que les rapports de force ont toujours passé par une représentation, bien avant Internet et la photographie, et que la vie vaut d'être vécue même spectacularisée. Berréby répond que le choix offert est une illusion (« on ne fait qu'obéir »), qu'il n'a aucune proposition pour le monde à venir (il faudrait tourner le dos à toute la logique productive industrielle marchande) et que la question « avant c'était mieux » est byzantine. Sur les experts, il rapproche Tchernobyl d'un mensonge d'État, l'animatrice rectifiant que les conséquences viennent de l'explosion elle-même ; l'extrait des Commentaires (« Tout expert sert son maître ») et la parodie météo de Catherine Laborde illustrent la thèse selon laquelle l'expert médiatique doit surtout réussir « comme amuseur ». Berréby conclut que ce qu'affirme Debord est jugé « complotiste » parce que, s'il était reçu, cela remettrait beaucoup de choses en question ; la perte de confiance dans le personnel politique lui paraît « réjouissante d'une certaine manière ».

Excerpts

“« Alors, le spectacle, la question qui se pose c'est que c'est une notion qui est complètement va galvaudée où on met dans le spectacle le médiatique, on met dans le spectacle les images, on met dans le spectacle le divertissement, et le pouvoir, selon moi, a tout intérêt à faire accroire ces dérivatifs afin de mieux vider de sa substance le propos initial de Debord. Or, le spectacle, la notion du spectacle est forcé est forgé, avant toute chose, sur une notion marxienne à savoir le caractère fétiche de la marchandise. »”

“« c'est que tout un chacun doit devenir une vedette. C'est que tout un chacun doit avoir un profil de vedette. [...] Non seulement c'est possible, mais c'est un c'est un ordre. C'est un diktat. Pour l'illustrer, il y a des endroits, si je veux aller quelque part, je dois donner mon téléphone portable ou mon ordinateur pour qu'on puisse avoir accès à ma page Facebook. Et si je n'ai pas de page Facebook, je deviens un individu suspect. »”

“« Mais alors pourquoi le spectacle serait forcément la misère ? Ça présuppose qu'il y aurait une vie plus authentique à laquelle on n'aurait pas accès ou qu'on aurait perdu parce que la société serait devenue la société marchande, aurait transformé notre nos modes de vie, qui fait qu'avant on vivait de manière complètement authentique, alors que maintenant on est corrompu par l'image, la visibilité. C'est un peu binaire et un peu manichéen de raisonner en ces termes. »”