Erman, Michel & Robert, François
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - transcription automatique de qualité moyenne.
Core ideas
L'émission s'ouvre sur Camus lisant la scène où Caligula, après la mort de Drusilla, énonce sa « vérité toute simple » : « les hommes meurent et ils ne sont pas heureux ». Michel Erman présente Caligula comme le premier texte achevé de Camus, conçu en même temps que L'Étranger et Le Mythe de Sisyphe, quand le « système solaire » de l'absurde n'était pas encore pensé. Il y voit une « pierre mal taillée » dont Camus disait ne pas pouvoir tirer une philosophie cohérente. La figure de la lune, empruntée aux Vies des douze Césars de Suétone, n'est pas camusienne : c'est un astre presque nietzschéen, celui de l'impossible. Camus reprend tout de Suétone sauf la laideur de l'empereur, que joue Gérard Philipe. Erman lit deux motifs dans ce désir d'absolu : la mélancolie née du deuil et la conquête d'un pouvoir détenu en réalité par les patriciens. Le pouvoir devient le « succédané » de la lune, ce qui rapproche la pièce de Richard III et d'Ubu roi. L'animateur demande si Caligula est le martyr d'un absolu réel ou la victime d'une chimère qu'il se fabrique pour pouvoir tuer.
La scène avec Caesonia (« je prends en charge un royaume où l'impossible est roi », « je ferai à ce siècle le don de l'égalité ») montre selon l'animateur un Camus nietzschéen à trois titres. Le goût du pouvoir est un aveu d'impuissance. Caligula est un anti-stoïcien qui veut agir sur ce qui ne dépend pas de lui. Enfin, derrière le tempérament révolutionnaire se cache la rancœur. Erman note qu'il n'y a pas de Caligula heureux comme il y a un Sisyphe heureux, et que la pièce reflète un Nietzsche de jeunesse lu un peu vite, réduisant le surhomme à la volonté de puissance. L'animateur rappelle que Caesonia oppose l'amour et que Noces contient déjà l'idée d'un consentement au cœur de la révolte. Erman répond que cette dimension est portée par Scipion, poète dont Caligula a tué le père, double de Camus, porte-parole de la nature et de la poésie, mais incapable de haïr le meurtrier. L'animateur regrette que la scène 14 de l'acte II, leur grand dialogue, manque à l'enregistrement.
Le syllogisme d'Hélicon (« on meurt parce qu'on est coupable, on est coupable parce qu'on est sujet de Caligula ») illustre une rationalité meurtrière et satirique. Il annonce le combat de Camus contre la peine de mort, que l'animateur juge plus convaincant quand il décrit concrètement l'exécution. Erman présente Caligula comme une figure abstraite du pouvoir devenu fou, opposée au Léviathan de Hobbes, et y lit à la fois une critique du pouvoir et du tempérament libertaire devenu autocratique. Il souligne la fonction dramatique d'Hélicon, esclave affranchi qui adore son tyran, et l'idée que Caligula est un personnage de roman, qui évolue, plutôt que de théâtre. Le dialogue sur les dieux (« il suffit de se faire tyran ») fait de Caligula un Prométhée inversé, qui apporte la haine au lieu du feu, et étrangement un « pacifiste » qui refuse les guerres. L'animateur oppose ce prométhéisme à l'orphisme de Scipion, qui accepte sa place dans un monde indifférent. Dans le journal, à l'occasion de l'entrée de Freud dans le domaine public, François Robert présente L'Interprétation du rêve : une « nouvelle clé des songes » selon laquelle le rêve est l'accomplissement d'un souhait, interprété par les associations du rêveur, avec un « ombilic » qui reste insondable.
Excerpts
Michel Erman sur le pouvoir comme succédané :
“dans les deux cas c'est une affaire de bonheur de pouvoir et entre les deux il ya la haine il s'agit dans les deux cas de ce qu'on appelle un succédané il faut l'écrire en deux mots ici succédané du pouvoir 1 le pouvoir faute de la lune”
Caligula, lu par Camus :
“je ferai à ce siècle le don de l'égalité et lorsque tout sera aplanie l'impossible enfin sur terre la lune dans mes mains alors peut être moi même je serai transformer le monde avec moi alors enfin les hommes ne mourront pas et ils seront heureux”
Michel Erman sur Caligula comme Prométhée :
“moi je vois caligula comme un prométhée impro meute est déchaînée si vous permettez ce jeune mon petit peu facile et et en même temps un prométhée qui n'apportent pas le feu mais qui apporte le sang et la haine”