MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Rien ne veut rien dire/Laurent, Caroline

Laurent, Caroline

agrégée de lettres modernes, éditrice chez Lattès, qui prépare une thèse sur l'esthétique du cynisme chez Philippe Muray

Osons le cynisme ! (3/4) : Écrire en déprimant : Houellebecq, Muray

Rien ne veut rien dire · Jan 14, 2017 · partial coverage

▶ Watch on YouTube

Coverage note: full (environ cinquante minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec des erreurs de reconnaissance, notamment sur les noms propres)

Core ideas

Un cynisme en lettres, non en actes. Après la lecture de Sloterdijk (Critique de la raison cynique : le cynisme moderne, « fausse conscience éclairée »), Laurent distingue le cynisme antique, tourné vers la vertu, le cynisme en actes des traders et des banquiers, tourné vers le profit, et le cynisme littéraire de Houellebecq et de Muray, qu'on ne peut séparer de leurs œuvres. Chez Houellebecq, des romans de forme classique juxtaposent deux ordres contrastés (le canari jeté au vide-ordures, « que faire d'autre ? »), et le cynisme ouvre une brèche vers le silence et le désespoir, comme l'ironie selon Kierkegaard ; le lyrisme (la compassion, l'amour) est miné par la lucidité d'un monde en fin, où le corps et la sexualité restent la seule voie. Le rire y est méchant, un rire de lucidité qui place en dehors de la collectivité.

Muray, Homo festivus et l'empire du Bien. Muray, que Laurent ne classe pas à droite (il critique aussi la gay pride et la catho pride), invente l'Homo festivus : la fête, autrefois rupture, est devenue le continuum de la vie quotidienne, ce qui détruit le divertissement lui-même (Pascal), « métamorphose anthropologique » qui nous place « après l'Histoire » : la négativité, moteur de l'histoire (Hegel), a disparu au profit d'une société égalitariste du tout positif (« empire du Bien »), qui se recrée des adversaires (le Loft). Houellebecq comme Muray se solidarisent avec l'individu contre la masse, la différenciation des sexes étant pour eux ce qui raccorde à l'histoire et au conflit.

La littérature comme lieu du réel. Quand le réel est devenu fiction, il reste le romanesque pour le ressaisir : l'œuvre de Muray est une cathédrale proustienne (ses chroniques sont des romans avec l'Homo festivus pour personnage), et la fiction devient un « principe heuristique pour comprendre le réel » ; l'art ne peut plus dire ce qu'il disait car son substrat a disparu, et la subversion est devenue la norme. La séance se ponctue de chansons et de sketchs (Didier Super sur la droite et la gauche, Desproges sur les « non-handicapés ») et de la chronique sur la contemplation comme acte subversif (Christophe Pellet).

Excerpts

“« il faut bien distinguer le cynisme de houellebecq ou muret qui est un cynisme lui non pas en actes mais en lettres »”

“« la fiction devient un principe heuristique pour comprendre le réel »”

“« la littérature est devenue le lieu du réel »”