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Podcasts/Rien ne veut rien dire/de Beauvoir, Simone & de Beauvoir, Hélène & Badinter, Élisabeth & Gaillard, Françoise & Serre, Josiane & Monteil, Claudine & Sautet, Marc & d'Eaubonne, Françoise

de Beauvoir, Simone & de Beauvoir, Hélène & Badinter, Élisabeth & Gaillard, Françoise & Serre, Josiane & Monteil, Claudine & Sautet, Marc & d'Eaubonne, Françoise

de Beauvoir, Simone: écrivaine et philosophe, archives

de Beauvoir, Hélène: peintre, sœur de Simone, archives

Badinter, Élisabeth: philosophe

Gaillard, Françoise: universitaire, spécialiste de littérature

Serre, Josiane: scientifique, condisciple et amie de Beauvoir

Monteil, Claudine: militante féministe, autrice de Simone de Beauvoir, le mouvement des femmes

Sautet, Marc: philosophe, spécialiste de Nietzsche, auteur de Les Femmes, de leur émancipation

d'Eaubonne, Françoise: écrivaine, autrice d'Une femme nommée Castor

Des extraits des Mémoires, du Deuxième Sexe et d'Une mort très douce sont lus par la comédienne Dominique Sanda, et un narrateur non nommé assure les transitions.

SIMONE DE BEAUVOIR (1908-1986) : Pour une morale de la sincérité – Une vie, une œuvre [1996]

Rien ne veut rien dire · Apr 14, 2018 · partial coverage

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Coverage note: full - sous-titres automatiques altérés, surtout dans les archives sonores.

Core ideas

Le documentaire s'ouvre sur une archive où Beauvoir conseille à toutes les femmes de travailler et d'obtenir la qualification la plus haute possible. L'indépendance économique est selon elle la première condition de l'indépendance morale, et la dépendance conjugale n'est « pas plus digne d'éloges que la prostitution ». Le portrait rappelle une vie née et achevée à Montparnasse, le « pacte » avec Sartre (amour nécessaire et amours contingentes, jamais de mariage ni de vie commune) et le scandale du Deuxième Sexe (1949). Sur la tombe commune du cimetière Montparnasse, Claudine Monteil lit les messages de lectrices du monde entier. Elle note que le nom de Beauvoir, gravé plus tard, est presque effacé, et y voit peut-être un désir de l'effacer. Militante du Mouvement de libération des femmes depuis 1970, elle raconte les réunions du dimanche, l'humour de Beauvoir et la fidélité de Delphine Seyrig, et cite une archive sur l'instinct maternel comme produit social.

La genèse du Deuxième Sexe est racontée par Beauvoir elle-même dans une archive de 1978 : voulant parler d'elle, elle comprend qu'il lui faut d'abord expliquer ce que c'est que d'être une femme, et passe des mythes masculins à la physiologie, à l'histoire et aux situations concrètes. Elle reconnaît avoir longtemps cru que la lutte des classes suffirait. Elle a changé d'avis en voyant que l'abolition du capitalisme ne supprimerait pas le patriarcat, constat que firent aussi les militantes des groupes gauchistes après 1968. Josiane Serre raconte sa lecture du livre en 1949-1950, sur l'avortement et le suicide. Françoise d'Eaubonne rappelle la violence des réactions, comme le mot de Mauriac (« je sais tout sur le vagin de votre patronne ») ou le silence méprisant d'André Wurmser, qu'elle lit comme le symptôme d'une société « malade du sexe ». Élisabeth Badinter décrit le choc de sa lecture à quinze ans et fait de « on ne naît pas femme, on le devient » le slogan fondateur du féminisme du XXᵉ siècle, ouvrant aux femmes le politique, l'économie et la création. Elle conteste pourtant l'idée qu'il n'y a pas de nature féminine, qu'elle juge fausse mais historiquement féconde. Une intervenante féministe, dont l'identité n'est pas certaine dans la transcription, reproche à Beauvoir d'avoir ignoré la bisexualité psychique, parlé du corps féminin avec presque du dégoût et accepté sans critique, à la suite de Lévi-Strauss, le patriarcat comme essence de la société. Elle voit néanmoins dans la révolution des femmes la plus grande du XXᵉ siècle, faite « sans morts ».

Marc Sautet propose, à partir de Nietzsche, une lecture dérangeante. Nietzsche ne s'opposerait pas tant à l'égalité des sexes qu'à l'égalité démocratique en général. Le féminisme se serait peut-être trompé d'adversaire, l'émancipation risquant de faire des femmes des membres de la classe dominante plutôt que de libérer tous les exploités du pouvoir de l'argent. Il salue l'union libre avec Sartre et le pari existentialiste (« l'existence précède l'essence »), mais juge que Beauvoir s'est trompée en suivant la voie communiste. Le narrateur rappelle que Sartre et Beauvoir ne s'engagèrent qu'à la Libération, comme pour rattraper le « rendez-vous manqué » de 1939-1945.

Le dernier mouvement porte sur la mort, la vieillesse et le « j'ai été flouée » qui clôt La Force des choses (1963). Françoise Gaillard y voit l'aveu d'une erreur, celle d'avoir voulu faire de la vie une œuvre, peut-être aussi l'échec d'une philosophie de la contingence face au néant. Dans une archive, Beauvoir explique que toute vie, même réussie, est un échec au regard du rêve, et que le contexte de la guerre d'Algérie, le cours du monde plutôt que la vieillesse, l'avait trahie. Françoise d'Eaubonne rapporte que Beauvoir ne lui a parlé intimement qu'une fois, à propos de la mort de sa mère, et lit le passage bouleversant d'Une mort très douce. Gaillard analyse une « rhétorique de la transparence » héritée de son exigence morale de lucidité, une prose classique éclipsée par le Nouveau Roman mais dont la complexité tient à la structure romanesque. Claudine Monteil tient La Vieillesse pour un chef-d'œuvre aussi important que Le Deuxième Sexe et rappelle que Beauvoir dénonça les mouroirs en y faisant entrer une caméra.

Excerpts

Simone de Beauvoir, en archive, sur l'indépendance économique :

“c'est d'abord l'indépendance économique mais si elles doivent le payer assez cher et je sais qu'on leur fait payer très cher puisque précisément leur imposera en même temps d'avoir le soin de leur intérieur mais c'est la première condition pour avoir une indépendance intérieur s'il est là je veux dire l'indépendance morale mentale [...] ce que je conseillerai à toutes les femmes c'est de travailler d'obtenir une qualification les plus les plus hautes qu'elles peuvent”

Élisabeth Badinter sur l'idée fondatrice du Deuxième Sexe :

“la première idée nouvelle et qui est devenu comme un slogan du féminisme beauvois rien c'est on ne naît pas femme on le devient un sous-entendu la féminité les rôles traditionnels de la féminité ce sont ces l'effet d'une construction d'une culture et pas du tout d'une nature ce qui veut dire en creux mesdames si vous voulez vous imposer dans le politique l'économique la création la vie intellectuelle allez-y rien dans votre nature ne peut empêcher ça”

Françoise Gaillard sur le « j'ai été flouée » :

“peut-être est-ce l'aveu d'une d'une erreur d'une erreur l'erreur d'avoir cru d'abord qu'il fallait faire de la vie une oeuvre et donc d'avoir transféré la tension intellectuelle sur la vie elle même [...] et aussi peut-être mais alors là c'est une pure supposition l'aveu peut-être de l'erreur ou de l'échec de cette philosophie de la contingence de cette philosophie qui prétendait accepté en toute lucidité le tragique du néant”