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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Clément, Jean-Paul & Gillibert, Jean & Jambet, Christian & Sollers, Philippe & Rossi, Paul Louis

Clément, Jean-Paul & Gillibert, Jean & Jambet, Christian & Sollers, Philippe & Rossi, Paul Louis

Clément, Jean-Paul: directeur de la Maison de Chateaubriand à la Vallée-aux-Loups, biographe et éditeur des Mémoires d'outre-tombe

Gillibert, Jean: psychanalyste, homme de théâtre et écrivain

Jambet, Christian: philosophe

Sollers, Philippe: écrivain

Rossi, Paul Louis: écrivain et poète

Un sixième intervenant, lecteur passionné de la Vie de Rancé qui raconte avoir découvert ce livre sur le conseil de Marcel Duchamp, est crédité au générique sous un nom mal restitué (« Jean-Paul Toroc », nom incertain). Plusieurs extraits des Mémoires d'outre-tombe et de la Vie de Rancé sont lus par les intervenants eux-mêmes. L'enregistrement a lieu en partie dans le parc de la Vallée-aux-Loups.

FRANÇOIS RENÉ DE CHATEAUBRIAND (1768-1848) – Une vie, une œuvre [1996]

Rien ne veut rien dire · Feb 6, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique de qualité moyenne.

Core ideas

Christine Goémé présente une émission non pas d'analyse technique mais d'« amour » pour une œuvre qui transforme son lecteur. Jean-Paul Clément fait visiter la Vallée-aux-Loups : une bibliothèque de voyages, de théologie et d'Antiquité, avec un petit Homère annoté et Rousseau en bonne place. Il évoque les 27 volumes d'œuvres complètes publiés de son vivant, et un cadet ruiné, dépensier, qui vit de sa plume et de charges comme la pairie et des ambassades à Rome et à Londres, où il « dépense plus qu'il ne reçoit » pour représenter la France. Jean Gillibert lit le célèbre tableau des soirées de Combourg, avec le père errant comme un spectre dans la grande salle. Il voit en Chateaubriand, avec Pascal, le plus grand écrivain français, un penseur du temps et de l'« éternité », toujours « à côté de la plaque ». Selon lui, il a choisi Dieu contre la littérature et est classique bien plus que romantique. Clément retrace la naissance de l'écrivain : les poèmes inspirés de Thomas Gray sous l'influence de Lucile, la révélation de la vocation par la traversée de l'Atlantique et le cycle des Natchez, d'où sortent Atala et René, puis sept ans d'exil en Angleterre. Il en tire une tension constante entre nostalgie et désir d'être de son siècle.

Christian Jambet fait de Napoléon le personnage central des Mémoires : « tomber de Bonaparte » aux Bourbons, c'est tomber « de la réalité dans le néant ». Chateaubriand reste fidèle aux Bourbons tout en se faisant l'historien de l'État moderne qui les remplace. Il oppose à l'Empire les libertés de la presse et de l'individu, l'impôt et le sang versé, admire le génie jusqu'à Austerlitz, puis commente les erreurs d'Espagne et de Russie. À Gand pendant Waterloo, il vit le déchirement de l'émigré. Le combat de la plume et de l'épée lui permet de créer deux figures à la fois : le Napoléon titanesque, qui passera chez Balzac, Hugo et Nietzsche, et le grand écrivain sans pouvoir, seul capable de dire la grandeur de son adversaire. Jambet rapproche la conception purement instrumentale des écrivains chez Napoléon de celle de Lénine et de Staline. Philippe Sollers lit le passage des têtes promenées au bout des piques en 1789, puis la retraite de Russie, pour montrer un écrivain qui juge le temps par le goût plutôt que par l'idéologie. Clément évoque les femmes de sa « Voie lactée » amoureuse, Pauline de Beaumont, Natalie de Noailles et Delphine de Custine. Il les trouve plus intéressantes que lui dans leurs lettres, et note que l'amour ne naît chez Chateaubriand qu'après coup, par « sympathie de réminiscence », dans un temps perdu qui, à la différence de Proust, n'est jamais retrouvé.

Paul Louis Rossi souligne la liberté d'une prose en « versets », presque prosodique, admirée par Flaubert et revendiquée par Breton dans le premier Manifeste (« Chateaubriand est surréaliste dans l'exotisme »). Il lit la rencontre avec une jeune fille de Saint-Pierre-et-Miquelon. Clément regrette la « censure » de l'Abbaye-aux-Bois, quand Madame Récamier et d'anciens diplomates firent couper le portrait de Récamier, Le Congrès de Vérone et certaines audaces de style dans les Mémoires. Le dernier intervenant décrit la Vie de Rancé, une pénitence commandée par le confesseur de Chateaubriand. Ce qui commence comme une compilation se transforme en autobiographie déguisée, avec des digressions, l'Orient, la mort (« je suis moi-même le temps ») et une écriture par associations qui annonce l'écriture automatique des surréalistes. Il raconte la légende de la tête coupée de la duchesse de Montbazon, découverte par Rancé et gardée à la Trappe, et y voit le lien entre la littérature noire du XVIIe siècle et le romantisme. L'émission se termine dans le parc, planté d'arbres donnés par ses amis, qui rassemble l'Amérique, l'Orient et la Bretagne de ses voyages.

Excerpts

Jean Gillibert sur Chateaubriand penseur du temps :

“c'est quelqu'un qui a tenu un immense temps et qui a réfléchi profondément sur qu'est-ce que c'est que le temps la temporalité cette immobilité du temps qu'il appelle lui éternité à juste titre l'absolu du temps d'une certaine façon”

Christian Jambet sur la plume et l'épée :

“s'engage entre lui et l'empereur un combat qui est celui de la plume et de l'épée euh savoir comment par l'écriture il va égaler la puissance d'un homme qui a été le maître du monde”

Le lecteur de la Vie de Rancé sur le glissement du livre :

“tout à coup il s'aperçoit et c'est très difficile ça se passe progressivement tout à coup que l'abbé de Ran sa Milard c'est lui [...] à partir de là il y a un glissement dans le texte il s'agit plus de l'abbé de Rancé il s'agit d'une vie imaginaire de l'abbé drancé qui devient la vie réelle de Château brayant”