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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Ponton, Olivier

Ponton, Olivier

philosophe, auteur de Nietzsche, une philosophie de la légèreté, De Gruyter

Retour à Nietzsche (3/4) : Nietzsche et la passion de la connaissance

Rien ne veut rien dire · Oct 28, 2016 · partial coverage

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Coverage note: full (environ cinquante minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec des erreurs de reconnaissance, notamment sur les noms propres)

Core ideas

La connaissance : crainte ou amour de l'étranger. Partant de l'aphorisme 355 du Gai Savoir (connaître, c'est ramener quelque chose d'étranger à du connu, par instinct de crainte), Ponton rappelle que Nietzsche fait de la connaissance un produit des pulsions, parfois liée à la crainte, parfois à l'amour. L'aphorisme 334 (« il faut apprendre à aimer ») décrit comment une musique d'abord déroutante finit par nous passionner, car on ne supporte plus son absence : « l'amour aussi doit s'apprendre ». L'aphorisme 295 oppose les « courtes habitudes » (qu'il aime : on les explore jusqu'au bout et elles se détachent d'elles-mêmes) aux longues habitudes sclérosantes, et à l'absence d'habitude, qui serait un exil. Ce renoncement passionné, où se détache de soi ce qui ne s'incorpore pas à la passion actuelle, est pour Ponton l'effet d'une surabondance et non d'un appauvrissement ; l'interlocuteur le rapproche d'un texte de Schopenhauer sur la feuille et l'humus.

Passion contre Spinoza, aphorisme contre fragment. Pour Nietzsche, devenue l'affect le plus puissant, la connaissance devient une passion active (non une action consciente du sujet), à rebours de Spinoza, qu'il n'a lu qu'à travers Kuno Fischer et dont il se dit pourtant l'héritier. Ponton explique que l'aphorisme n'est ni un fragment ni un paragraphe : il délimite (« aphorisme » vient du grec horizon) et a une certaine autonomie, il fait partie d'un ordre soigné par Nietzsche (premier et dernier aphorismes d'un livre se répondent), mais il n'est pas détaché de tout contexte comme le « j'ai oublié mon parapluie » dont Derrida fait le cas général d'incompréhension. Il y voit l'écriture du perspectivisme : « chaque perspective exclut les autres perspectives mais en un sens appelle les autres perspectives » (au sommet de la montagne on voit autre chose qu'en forêt), d'où l'absence de contradiction chez Nietzsche, qui change de point de vue (aphorisme 374 : le monde redevenu infini, une infinité d'interprétations).

Amitié stellaire, ordre esthétique, éternel retour. L'aphorisme 279 sur les « amitiés stellaires » (deux navires qui se séparent) est lu comme une pensée qui permet de supporter la rupture avec Wagner : les destins se croisent sans se confondre, alors que l'amour-passion veut l'objet et reste malheureux. À l'objection que l'amitié se pense comme la rencontre aléatoire de particules chez Lucrèce, Ponton répond que Nietzsche cherche à restaurer un ordre : non téléologique, mais esthétique, une mise en scène de l'existence, un « style » donné à sa vie, ordre du présent plus que du passé ou de l'avenir. L'éternel retour (aphorisme 341, « le poids le plus lourd ») est une question posée par le démon, qui trie ceux qui aiment la vie ; Nietzsche avoue (Ecce homo) que sa mère et sa sœur sont sa plus profonde objection au retour éternel. L'amour du destin n'est pas une résignation : comme le jardinier de l'aphorisme 17 qui « motive sa pauvreté », on ne peut vouloir le retour éternel que d'une œuvre, ce qui exige de faire de sa vie une œuvre d'art.

Excerpts

“« l'amour aussi doit s'apprendre »”

“« un aphorisme n'est ni un fragment ni un paragraphe »”

“« chaque perspective exclut les autres perspectives mais en un sens appelle les autres perspectives »”