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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Badiou, Alain

Badiou, Alain

philosophe, auteur de Théorie du sujet

Le nihilisme (5/5) : Le nihilisme contemporain

Rien ne veut rien dire · Oct 22, 2016 · partial coverage

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Coverage note: full (environ dix-neuf minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec des erreurs de reconnaissance sur les noms et quelques phrases brouillées)

Core ideas

Le nihilisme comme volonté. Partant de Nietzsche (« l'homme préfère vouloir le néant que ne rien vouloir »), Badiou soutient que le nihilisme n'est pas un constat dépressif ou une indifférence mais une volonté, le désir paradoxal de donner au monde le sens de son absence de sens : l'ultime réaction du désir avant l'apathie complète, une « maîtrise camouflée » qui transforme le constat en volonté. « Il n'y a rien » signifie « rien au regard de quoi je puisse être sujet », d'où le sujet de ce rien (Hölderlin : « nous sommes un signe sans signification »). Il distingue un nihilisme actif, dont la figure exemplaire est le terrorisme (le nihilisme russe organisé autour de l'exécution du tsar, acte symbolique suprême qui engloutit son auteur et espère restituer du sens ou « un autre monde »), et un nihilisme passif, de glose et d'interprétation (le désespoir, l'absurde, le « nihilisme de salon »), inoffensif et aimé par la culture. Nietzsche lui-même, avec le renversement de toutes les valeurs, pense un acte radical : tout don de sens suppose un acte.

Sofia Kovalevskaïa. Badiou prend l'exemple de la mathématicienne russe, qui se disait nihiliste et a écrit La Femme nihiliste : pour de jeunes Russes, le nihilisme voulait dire un univers sous la botte du tsar, dépourvu de sens, et la responsabilité singulière de faire advenir une signification, d'autant plus pour des femmes privées de toute place institutionnelle. Le nihilisme n'est pas un irrationalisme ; l'œuvre mathématique de Kovalevskaïa, sur le mouvement, cherche la figure formelle du vide qu'il suppose.

Aujourd'hui. La société contemporaine est objectivement nihiliste, mais de manière passive : dominée par l'argent, abstraction monétaire qui inscrit le néant au cœur de la vie sociale (Marx, le fétichisme de la marchandise), « mécanisme dépourvu de sens ». Le nihilisme actif ne se manifeste que sous la forme de révoltes aveugles, l'émeute de jeunes de milieux populaires, acte destructeur sans symbolique consistante. Le problème n'est donc pas de ressusciter un nihilisme authentique, mais de proposer que le monde ne soit pas nihiliste, par une critique radicale du nihilisme objectif. L'art contemporain, souvent jugé nihiliste, est pour lui essentiellement affirmatif, un art de résistance (la lecture de Mallarmé comme silence est une idéologie d'accompagnement). Enfin, le nihilisme oscille entre nostalgie réactionnaire d'âges d'or et promesse ultra-révolutionnaire (l'éternel retour de Nietzsche : quelque chose doit revenir).

Excerpts

“« l'homme préfère vouloir le néant que ne rien vouloir »”

“« le nihilisme est de quelque chose comme la philosophie du terrorisme »”

“« l'art contemporain dans ce qu'il a disons de tourner vers l'éternité enfin de subsistant est un art de résistance au nihilisme »”