Hoppenot, Éric
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Core ideas
Le silence comme forme du langage. Le point de départ est un paradoxe : le silence est ce vers quoi tend l'écriture de Blanchot, et il est toujours impossible. Hoppenot refuse d'y voir une simple soumission : chez Blanchot le silence appartient au langage et en est une forme, une puissance créatrice plutôt qu'un retrait dans une tour d'ivoire. La lettre de Levinas à Blanchot du 26 octobre 1941 sur Thomas l'obscur en donne la clé : la nuit en plein jour, la « présence de l'absence » infiniment répétée, une dialectique où le positif s'obtient par le négatif, que Blanchot a d'ailleurs empruntée en partie à Kafka. Le silence est actif, comme la nuit n'est jamais retrait total. Un extrait de L'espace littéraire dit que l'écrivain doit « imposer silence » au murmure incessant, et que le « ton » d'un grand écrivain est l'intimité du silence qu'il impose à la parole. Chez Mallarmé (Crise de vers) et dans La part du feu, le silence est l'essence du langage poétique ; Blanchot lit Rimbaud comme un homme qui choisit un silence (le vacarme quotidien) contre un autre (le silence poétique).
Les silences de Blanchot. Hoppenot retrace une vie de retraits successifs. Né en 1907, Blanchot étudie à Strasbourg où il rencontre Levinas (amitié indéfectible, seul intellectuel qu'il tutoie), puis se lance dans le journalisme à Paris au début des années 1930, proche de l'Action française, de Thierry Maulnier et de la « révolution nationale », tout en détestant Hitler et en se retirant au dernier moment avant la collaboration. Il se tait alors politiquement, publie à partir de Thomas l'obscur (1941), puis écrit à Èze, chez son frère, ses récits des années 1950 (Celui qui ne m'accompagnait pas), où le silence prend la forme du calme et du dialogue impossible, et ses essais critiques, toujours chez Gallimard grâce à Jean Paulhan. En 1958, le retour de Gaulle le fait sortir de son silence (textes violents), jusqu'à Mai 68, où il rédige des tracts anonymes avec Marguerite Duras et Dionys Mascolo, par fidélité à une écriture commune qui « appartient à tous ». Il se retire à nouveau après 1968, en désaccord avec ses amis sur Israël et la Palestine, et ne parle plus qu'en 1987 contre Heidegger, dont il dénonce l'« impardonnable silence » sur l'extermination.
Après la Shoah, écrire quand même. Pour Blanchot, le récit est impossible après la Shoah, et pourtant il écrit : L'écriture du désastre (1981) invente l'écriture fragmentaire, qui garde des bribes de récit, de réflexion et de philosophie, et ménage par ses interruptions des temps de silence, sans faire du blanc typographique une image trop simple du silence. Citant Wittgenstein (« ce dont on ne peut parler il faut le taire »), Blanchot répond que se taire, c'est encore parler : le silence est donc impossible, et pourtant il est désiré. Pour l'atteindre, il faut en sortir. Le dernier texte, L'instant de ma mort (1994), raconte l'exécution manquée d'un jeune homme dont le fusil s'enraye. Le billet final sur Paroles sans musique de Glass fait de la musique l'autre versant de ce silence : Glass dit penser musique et non sur la musique, et sa vie racontée laisse entendre une musique que les mots ne réduisent pas.
Excerpts
“« le silence appartient au langage et même une forme de langage »”
“« le silence est une création est un acte créateur »”
“« se taire c'est encore parler »”