Habert, Jean & Viatte, Françoise & Romanelli, Giandomenico & Gétreau, Florence & Tristan, Frédéric & Vallée, Édith
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - transcription automatique de qualité moyenne.
Core ideas
Devant le modello de la Résurrection de la fille de Jaïre, peint vers dix-huit ans pour une chapelle de Vérone et composé en diagonale pour être vu de biais, Jean Habert montre un illusionnisme déjà acquis. Il retrace la carrière de Paolo Caliari, fils d'un tailleur de pierre, presque architecte. Formé chez Badile, il entre dans l'équipe de l'architecte Sanmicheli, qui l'introduit à Venise. Protégé des Barbaro, il peint dès 1553 les plafonds du Palais des Doges. Giandomenico Romanelli insiste sur sa formation véronaise et lombarde, avec Parmesan et Jules Romain à Mantoue, qui fait de lui un élément original, ajouté à la lignée Bellini-Giorgione-Titien. Françoise Viatte montre des dessins des années 1550 aux rehauts de blanc puissants et à la composition plafonnante. Habert lit La Belle Nani comme une dame mariée, l'anneau au doigt et la main sur le cœur, et non comme une courtisane. Il décrit un maniérisme « très vénitien », qui sacrifie l'anatomie à l'effet d'ensemble.
Frédéric Tristan, qui cherche d'ordinaire l'hermétisme derrière l'iconologie, trouve en Véronèse un peintre qui y échappe : un vrai peintre qui aime peindre et dialogue avec la matière, aux ombres toujours colorées. Romanelli replace le Triomphe de Venise dans la construction du mythe d'une république parfaite, synthèse de liberté, de justice et de richesse, au moment même où Venise perd ses comptoirs face aux Ottomans. Le cœur de l'émission est consacré aux Noces de Cana, peintes en moins de deux ans pour le réfectoire palladien de San Giorgio Maggiore. Le contrat imposait l'outremer de lapis-lazuli, importé par Venise. Habert y voit une fête vénitienne où le Christ et la Vierge occupent la place d'honneur, avec l'eau qui sort déjà rouge de la jarre, préfiguration de l'Eucharistie, et cent trente figures distinguées par des couleurs complémentaires. Édith Vallée décrit une Vierge à la coupe invisible qui pousse son fils à « lâcher prise ». Florence Gétreau écarte la légende des quatre peintres musiciens et propose d'y voir les maîtres de chapelle Willaert et Cipriano de Rore. Elle voit dans l'ensemble un « concert brisé » et, dans le sablier, une vanité.
Le succès des Noces entraîne une série de grands banquets jusqu'au Repas chez Lévi, qui vaut à Véronèse de comparaître devant l'Inquisition. Il s'en tire en invoquant la liberté des poètes et des fous et en renommant le tableau. Tristan y voit un puzzle de petits tableaux équilibrés par la couleur, fait avec la rapidité d'un fresquiste. Vallée commente la dame Giustiniani et sa nourrice à Maser, unies par une solidarité qui dépasse le rang. Viatte rapproche une Crucifixion tardive, avec la Vierge voilée, de la recette de Pline pour peindre la douleur. Mort d'épuisement en 1588 après la reconstruction du Palais des Doges, Véronèse est enterré à San Sebastiano, sa « chapelle Sixtine ». Habert conclut sur son influence, du XVIIIe siècle à Delacroix (« je dois tout à Véronèse ») et à Cézanne.
Excerpts
Jean Habert sur l'eau changée en vin dans les Noces de Cana :
“il y a un serviteur au premier plan en jaune qui verse l'eau d'une jarre dans une guerre et l'eau sort directement face à nous rouge c'est de l'eau qui est dans la jarre mais elle sort rouge c'est la préfiguration de l'Eucharistie”
Frédéric Tristan sur le peintre devant l'Inquisition :
“quand l'acquisition lui pose un moment donné des questions en lui disant mais monsieur qu'est-ce que vous lui dire par là etc il répond de manière qui paraît naïve mais qui en fait est vraiment remarquable pour un peintre il dit bah c'est parce que j'ai voulu mettre une touche rouge ici une touche blanche là et équilibrer mon tableau etc et donc c'est un vrai peintre”
Paul Cézanne sur Véronèse (texte lu) :
“on ne perçoit qu'une grande ondulation colorée une irisation des couleurs une richesse de couleur c'est ça que doit nous donner d'abord le tableau une chaleur harmonieuse un abîme où l'œil s'enfonce une sourde germination un état de grâce coloré”