Veyne, Paul & Dupont, Florence & Moreau, Philippe & Martin, René & Éloi, Thierry & Quignard, Marie-Françoise
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Core ideas
L'émission part d'un texte énigmatique : environ deux cents pages d'un roman latin du Ier siècle, provenant des livres XV et XVI d'une œuvre bien plus vaste. Thierry Éloi en résume l'intrigue, un narrateur, Encolpe, flanqué de Giton, d'Ascylte ou d'Eumolpe, qui erre d'îlot en îlot de la société romaine sans qu'on sache ce qu'il cherche. Il commente le titre, entre satire, orchidée aphrodisiaque et pot-pourri. Philippe Moreau expose le problème de l'auteur. La tradition identifie le Petronius Arbiter des manuscrits au consul que décrit Tacite, courtisan voluptueux de Néron mais gouverneur énergique, qui met en scène son suicide en écrivant un réquisitoire contre l'empereur. Moreau rappelle que ce texte ne peut être le Satiricon, une œuvre d'au moins seize livres. René Martin, peu orthodoxe, situe plutôt l'action sous les Flaviens et l'écriture vers 110-120. Il dresse le portrait-robot d'un érudit qui connaît intimement le milieu des affranchis et mêle sérieux et drôlerie, et rapproche l'auteur d'un lecteur affranchi de Pline le Jeune nommé Encolpe.
Martin souligne l'originalité d'un roman qui s'interrompt pour discuter de la crise de l'éloquence, de la décadence de l'art ou de la poésie, et que Zola tenait pour le seul vrai roman antique. Paul Veyne décrit un Pétrone qui fascinait ses contemporains : le « mou énergique », voluptueux mais capable d'autorité, qui flattait le snobisme aristocratique. Il lit le Satiricon comme une odyssée burlesque racontée à la première personne, Encolpe étant persécuté par Priape comme Ulysse par Neptune. Son épicurisme serait celui des non-conformistes qui ne croient à rien, d'où un labyrinthe sans morale. Pour Veyne, la Cena Trimalchionis naît du mépris de l'aristocrate pour l'affranchi parvenu, comparable selon lui au mépris moderne de l'étranger enrichi. Ce mépris produit un épisode d'une lucidité sociologique inouïe, qui n'est pas pour autant réaliste, car le ton sérieux du roman réaliste n'apparaît qu'au XIXe siècle. Marie-Françoise Quignard présente l'édition illustrée par Derain pour Vollard, des gravures au burin sans décor.
Florence Dupont analyse le festin de Trimalcion comme une fiction : des affranchis coupés de leurs patrons et de la société, dont la seule sociabilité est un banquet hypertrophié. Ce banquet échoue à atteindre les valeurs grecques du symposion, avec un mignon vieillot et des plats-rébus comme le phénix que l'on ne mange pas. Trimalcion n'a pas la maîtrise de la parole des hommes libres, seulement le pouvoir de nommer ses esclaves. Pour elle, le couple d'Encolpe et de Giton est une contre-cité fondée sur le plaisir, qui explore l'envers de la société romaine, comme les méchants de James Bond. Moreau suit le thème du labyrinthe, de la maison de Trimalcion aux ruelles de la Graeca urbs, où Giton marque les piliers à la craie. Il compare la finesse des niveaux de langue des affranchis à Proust, et hasarde un jeu sur creta, la craie, et la Crète. Dupont conclut sur un fantastique antique, des loups-garous à Crotone gouvernée par la chasse aux héritages, et sur la fin ouverte du film de Fellini : un roman d'îlots qui pourrait durer à l'infini.
Excerpts
René Martin sur l'originalité du Satiricon :
“c'est aussi un ouvrage de réflexion c'est un ouvrage où il est question de la crise de l'enseignement où il est question de la décadence de l'art où il est question des principes de la poésie [...] à tout instant l'intriguent s'interrompt pour laisser la place à ce qu'on pourrait appeler discussions culturel”
Paul Veyne sur le satirique et le réaliste :
“c'est réaliste dans le fond mais le ton le style la vision d'un colt saône optique n'est pas réaliste voilà ce que je l ai satirique c'est pas du tout la même chose et le réalisme ça n'existe qu'à partir du 19ème siècle”
Florence Dupont sur le banquet de Trimalcion :
“on peut dire que sans cesse le festin de trimalchion vie ce manque cet effort pour atteindre les valeurs grecques et il est sont toujours dans le manque”