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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Fortassier, Rose & Fumaroli, Marc & Forestier, Louis

Fortassier, Rose & Fumaroli, Marc & Forestier, Louis

Fortassier, Rose: universitaire, éditrice d'À rebours à l'Imprimerie nationale

Fumaroli, Marc: historien de la littérature, préfacier d'À rebours en Folio

Forestier, Louis: universitaire, spécialiste du XIXe siècle

L'animateur de la table ronde n'est pas nommé ; de longs extraits d'À rebours (la retraite à Fontenay, les dessins d'Odilon Redon, l'orgue à bouche, le dîner de deuil, le voyage manqué à Londres) sont lus par un comédien.

Une vie, une œuvre : Joris-Karl Huysmans (1848-1907) et le centenaire de 'À rebours'

Rien ne veut rien dire · Jul 19, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique de bonne qualité.

Core ideas

Cent ans après sa parution, l'animateur présente À rebours (1884) comme un livre « extraordinairement surprenant ». Son auteur, disciple de Zola et participant des Soirées de Médan, y invente une écriture qui contredit le naturalisme et concrétise le décadentisme, rouvrant à la littérature toutes les possibilités, symbolisme compris. Rose Fortassier y voit la fin de la première carrière de Huysmans et un début dont il n'avait pas conscience : le livre s'achève sur le cri d'un homme qui appelle une religion inconnue. Le chemin passera par le satanisme de Là-bas avant la Trappe d'Igny en 1892. Huysmans dira qu'il n'y aurait rien à changer à À rebours et qu'il lui a suffi de sacraliser un symbolisme laïque, celui des pierres précieuses devenu celui de la cathédrale. Les intervenants rapprochent le livre de À vau-l'eau et d'En rade, et de leurs rêves, dont celui de la grande vérole, signe de la misogynie de l'auteur. Ils évoquent la question de la conversion : selon Barbey d'Aurevilly, il ne restait à l'auteur que « la bouche d'un pistolet ou les pieds de la croix ». Les intervenants parlent d'un esthétisme liturgique, d'un « païen mystique » et d'un désir de sacrilège déjà tourné vers Dieu.

Marc Fumaroli distingue la postérité de la forme et celle du héros. Roman sans intrigue, épopée intérieure d'un célibataire reclus en banlieue, À rebours frôle le monologue intérieur que systématisera Dujardin dans Les lauriers sont coupés. Son héros purement intellectuel annonce le Monsieur Teste de Valéry, lecteur passionné de Huysmans, et jusqu'à Duras. Des Esseintes a créé un type social : l'amateur raffiné qui reconstitue, au sein de la société industrielle, des formes élégantes et gratuites en contrepoids individuel à la civilisation de masse. Les intervenants analysent ensuite la tension avec le naturalisme. Huysmans part d'une étude de la névrose fondée sur les traités médicaux du temps, avec une notice héréditaire très zolienne, mais il démolit le roman en une suite de poèmes en prose sans dialogue ni scène. L'antinature, héritée de Baudelaire et du spleen, devient une fuite hors de l'ennui. Louis Forestier note que l'érudition du livre est de seconde main, compilée dans des dictionnaires, comme Bouvard et Pécuchet ou La Tentation de saint Antoine.

Fumaroli définit la décadence par une conception cyclique des civilisations. Des Esseintes préfère la latinité tardive et le haut Moyen Âge, rejetés par la tradition classique, parce que l'artiste doit créer dans la conscience de l'automne et de l'hiver de l'Europe. Cette idée vient des Goncourt et de Schopenhauer. Forestier fait de la décadence la face introvertie du symbolisme, qui en serait la face extravertie, autour de la date-charnière de la mort de Hugo. Les intervenants citent Louis II de Bavière, le wagnérisme et les peintres du rêve, Moreau et Redon, que Des Esseintes préfère aux naturalistes défendus par Huysmans critique. En conclusion, Fortassier juge l'actualité du livre énorme : une époque névrosée s'y reconnaît, et le roman contemporain vit encore sur cette négation du roman, de l'événement et du héros. Forestier salue la communication des arts, où l'on parle de peinture en peignant et de musique par des procédés musicaux.

Excerpts

Rose Fortassier sur la place d'À rebours dans la carrière de Huysmans :

“tout le monde sait que l'ouvrage se termine sur le mot d'espoir et sur un cri d'homme qui appelle une religion dont tu ne connais rien au moment même et qu'il mettra d'ailleurs euh 8 ans à découvrir puisque en traversant des marécages de la magie du satanisme et toutes sortes de chosion à la bas bien sûr et bien il arrivera en 92 à aller se réfugier dans la trappe”

Marc Fumaroli sur la forme du roman :

“Ce qui frappe dans Harbour, c'est peut-être l'absence d'intrigue. C'est un roman presque entièrement intérieur. C'est une sorte de despopé de de l'âme des épreuves de l'âme chez un célibataire isolé dans une maison de banlieu et qui ne connaît aucune autre aventure que celle qu'il s'est à lui-même imposée.”

Marc Fumaroli sur la décadence :

“il y a l'idée que la civilisation européenne qui a connu sa renaissance qui a connu son moment de de splendeur et maintenant parvenu à une période autonnale et même hiverale et que c'est dans cette conscience de l'automne et de l'hiver que l'artiste doit se situer et c'est là aussi que il peut être créateur parce que toute autre conception serait mensongère.”