Noguez, Dominique
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Core ideas
Duras vue par un ami : classique, envoûtante, tyrannique. Noguez raconte sa rencontre avec Duras, après la projection d'India Song (Cannes, 1975) puis au jury de Toulon, et le tutoiement qui a mal tourné lors d'entretiens filmés sur Nathalie Granger (elle supportait mal d'être interrogée de façon directive). Dans un article sur le cycle indien, il la rapproche de Madame de La Fayette et de Pierre Jean Jouve : un classicisme qui refuse les figures de rhétorique, comme les voix sans bouches d'India Song évoquent les statues antiques. Il rappelle qu'elle disait « il y a des gens qui écrivent » (contre Sartre) mais travaillait ses manuscrits ; il évoque ses premiers livres (L'Empire français, les textes alimentaires de la guerre, Caprice) et son discours contre l'homosexualité dans La Maladie de la mort.
La folie du voir. Pour Noguez, Duras est une voyeuse : l'homme assis dans le couloir, le champ de seigle de Lol V. Stein, où la jeune femme regarde la fenêtre éclairée où l'homme qu'elle aime est avec une autre, la « tierce personne » qui voit sans agir. Elle est aussi une voyante, dont certaines prophéties sur la communication ont été justes, d'autres non. Mireille Calle-Gruber précise que « la folie du voir » n'est pas la volonté de regarder mais cette faculté de voir sans voir ; dans La Maladie de la mort, jamais le mot homosexualité n'apparaît, et le texte creuse des désirs qui dépassent nos catégories.
La noblesse de la banalité. Le texte du Camion met en scène une dame anonyme, grise et banale, qui parle de sa vie et dont on s'aperçoit qu'elle porte Hiroshima et les crématoires : un écart entre le détail minuscule et les liens les plus profonds avec le monde. Duras refusait qu'une grande actrice joue ce personnage, pour que chacun s'y reconnaisse. Le « ton » littéraire est, étymologiquement, une tension (« j'ai perdu la connaissance de vivre »), une écriture qui raconte par des trous et des absences, loin du récit. Calle-Gruber témoigne que ses étudiants de la Sorbonne nouvelle lisent Duras avec passion.
Excerpts
“« en ne le faisant jouer par personne tout le monde se reconnaît »”
“« aucun amour ne tiendra lieu de l'amour autrement dit on a toujours un désir plus grand que ce que l'on peut atteindre »”
“« un ton en littérature c'est au fond mettre en place une tension »”