Rey, Pierre-Louis
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (environ cinquante-trois minutes ; sous-titres YouTube automatiques en français, assez fautifs sur les noms, par exemple « Trintignant » pour le second invité)
Core ideas
Le père, la tombe et le « premier homme ». Rey présente le manuscrit inachevé trouvé près de la voiture de Camus, dédié à sa mère illettrée, et lit le passage où Jacques Cormery, quarante ans, découvre sur la tombe de son père (mort à vingt-neuf ans en 1914) qu'il est plus âgé que lui, ce qui « fracasse » l'ordre du temps. Les invités soulignent que Cormery, c'est Camus, que la quête du père (rare dans ses écrits, qui évoquent aussi le père allant voir une exécution) est un besoin personnel de filiation, à l'opposé de Sartre qui se débarrasse de tout héritage paternel, mais que ce thème s'efface au fil du roman, au profit de la mer, de la terre et de toute la geste des colons d'Algérie, sans passé et sans morale, heureux de l'être dans la lumière.
L'Algérie, la douleur et le bonheur. Les invités rappellent que l'Algérie est présente dans toute l'œuvre de Camus, jusque dans la « pensée de midi » de L'Homme révolté, que la jubilation d'exister n'est pas séparable de la douleur de vivre, et que Camus tente d'intégrer l'autochtonie européenne à côté de l'autochtonie musulmane. Ils discutent la séparation des communautés dans le roman (les camarades de Jacques sont européens, ce qui reflète l'expérience d'Alger), les esquisses où apparaît une fraternité avec un terroriste présumé, la position de Camus, adversaire à la fois du FLN et de l'Algérie française, ses dénonciations de la misère kabyle et de la répression de 1945, et l'extrait de 1958 où il dit devoir à l'Algérie ses « leçons de souffrance et de malheur » et rêve d'une « Algérie de demain » des écrivains arabes et français.
Style, trajectoire et philosophie. Rey note la nouveauté des phrases interminables du Premier Homme, « torrentielles », qui charrient les sentiments, les odeurs et la justice, et qui signaleraient un troisième cycle (l'amour) après l'absurde et la révolte ; l'inachèvement empêche de savoir s'il aurait retravaillé son texte. Les invités défendent Camus contre ceux qui lui refusent une formation philosophique (diplôme sur Plotin et Augustin, Jean Grenier, entretien de 1968) et le qualifient de « philosophe dans la cité », attaché à l'immanence et à l'incarnation des idées dans des histoires. Dans la dernière partie, David Camus évoque la liberté chère à son grand-père, la phrase de La Chute sur la liberté à la bouche, et sa propre devise d'adolescent (ne rien dire de son ascendance, mais ne pas la cacher).
Excerpts
“« la jubilation d'exister n'est jamais séparables delà de la douleur de vivre »”
“« ce sont des phrases totalement torrentielles »”
“« camus est effectivement un un philosophe dans la cité »”