Delay, Florence & Dewulf, Sabine & Lemaire, Jean-Pierre & Paseyro, Ricardo & Ray, Lionel & Supervielle, Anne-Marie & Boncenne, Colombe
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Core ideas
L'émission présente un poète qui « ne ressemble à personne », hors de la filière surréaliste, réaliste d'un réel sans cesse transformé par le songe. Il se disait né sous les signes jumeaux du voyage et de la mort. Supervielle naît à Montevideo en 1884 de parents béarnais, banquiers en Uruguay, qui meurent tous deux à Oloron quand il a huit mois. Élevé par son oncle et sa tante qu'il croit ses parents, il apprend la vérité vers neuf ans par une remarque fortuite, ce que raconte sa fille Anne-Marie. Jean-Pierre Lemaire y voit l'origine d'un homme « égaré dans les siècles comme dans l'espace », nostalgique de l'ici et du maintenant, qui parle « durement aux morts » pour dominer leur silence. Selon lui, cette présence de la mort reste une leçon de vie, non une morbidité. Sabine Dewulf décrit un exil permanent entre la France et l'Uruguay. Le besoin presque physique de la pampa, de ses chevaux et de ses bêtes renvoie à un contact direct avec le réel, et la traversée en mer, entre les deux rives, devient son véritable lieu, celui de L'Enfant de la haute mer.
Florence Delay range Supervielle dans la « famille claire » de la littérature française, avec Cocteau, Giraudoux et Larbaud, peu aimée mais fertile. Chez lui, la limpidité est en surface et le mystère en profondeur dans le poème, l'inverse dans la prose. Lionel Ray, qui l'a rencontré en 1955 dans un appartement-aquarium, décrit des brouillons très raturés où la réécriture allège toujours, loin de l'écriture automatique. La simplicité de syntaxe et de vocabulaire garde son énigme, et l'oreille est plus attentive aux voix qu'aux images. Ricardo Paseyro et Anne-Marie Supervielle évoquent un homme hypocondriaque, insomniaque, sujet aux palpitations, mais plein d'humour. Dewulf et Delay soulignent une conscience viscérale du corps, du sang et du cœur, qui s'ouvre avec La Fable du monde (1938) sur une compassion universelle et une dimension cosmique. Lemaire insiste sur un rêve qui ne manipule pas les êtres, à la différence des surréalistes, mais les entoure de respect, et rapproche Supervielle de Jaccottet.
Dewulf lit dans Le Bœuf et l'âne de la crèche un autoportrait : un animal humble et gauche, qui craint de blesser l'enfant et cesse de manger, relayé à sa mort par la constellation du Taureau. Elle fait du double, inconscient qui écrit à sa place ou moi qui s'effiloche, le thème central d'une identité fissurée dès l'enfance. Lionel Ray oppose le bestiaire bienveillant de Supervielle, qui réduit toujours la violence, à celui, cruel, de Lautréamont, autre enfant de Montevideo avec Laforgue. Colombe Boncenne et Delay racontent L'Homme de la pampa, où Guanamirù offre à l'Uruguay un volcan qui lancerait des médicaments et des livres. Le volcan devient portatif, s'appelle Futur (« une idée de toi greffée sur l'inconnu »), et le héros finit par exploser de « mégalomanie éruptive » sur les Champs-Élysées. Pour Boncenne, c'est le génie de Supervielle d'unir la farce et l'angoisse. L'émission se clôt sur le sonnet à Pilar qui prépare l'éternité à deux et sur l'épitaphe d'Oloron : « Ce doit être ici le relais où l'âme change de chevaux ».
Excerpts
Jean-Pierre Lemaire sur la nostalgie de Supervielle :
“il se compare lui-même à un homme égaré dans les siècles comme il est égaré dans l'espace et il a je dirais il a une immense nostalgie de l'ici et du maintenant parce que lui n'arrive pas à être d'ici et il n'arrive pas à être de maintenant non plus mais je dirais qu'il nous les rend d'autant plus précieux”
Florence Delay sur la « famille claire » :
“c'est une famille qui ne fait pas de bruit sans coup d'éclat sans génie à 17 ans sans manifeste et c'est une famille à laquelle je suis très attachée car finalement elle est elle est peu aimée et extrêmement fertile et pour moi [supervielle] fait partie de cette famille avec sa [limpidité] sa clarté à la surface dans le poème et le mystère en profondeur”
Jean-Pierre Lemaire sur le rêve respectueux :
“c'est un rêve mais un rêve qui entoure les êtres de respect je dirais que c'est un rêveur respectueux des êtres et un rêve qui lui permet d'être plus clairvoyant oui un rêve qui lui permet d'être attentif à ce que le à ce que le quotidien a de d'insolites”