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Simoën, Jean-Claude & de Margerie, Diane

Simoën, Jean-Claude: éditeur, qui vient de rééditer Le Livre des masques

de Margerie, Diane: écrivaine

Claude Mettra présente et mène l'entretien ; des textes de Gourmont (Litanies de la rose, Lettres d'un satyre, Physique de l'amour, contes, Lettres à l'Amazone) sont lus par des comédiens.

Une vie, une œuvre : Remy de Gourmont (1858-1915)

Rien ne veut rien dire · Jul 12, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique de bonne qualité.

Core ideas

Claude Mettra présente Gourmont comme un écrivain attaché à la vie dont l'unique souci serait de faire pénétrer l'amour au plus intime de l'être. Il le rapproche des figures équivoques de Gustave Moreau. Frappé à 26 ans par un lupus tuberculeux qui le défigure et l'exile du monde des femmes, il vit en reclus une « solitude foisonnante ». Selon lui, nous ne nous trompons jamais en aimant, car nous n'aimons que l'œuvre de notre désir. Mettra évoque aussi un catholicisme théâtral et érotique, celui du Latin mystique, et un paganisme qui triomphe dans les Lettres d'un satyre, où un faune rencontre un peintre de la Renaissance.

Jean-Claude Simoën retrace la biographie. Gourmont naît en 1858 dans l'Orne, dans une vieille famille d'imprimeurs, enfant absorbé par les livres, à l'opposé d'un Rimbaud qui fuit vers le large. Il passe sans rupture de la bibliothèque paternelle à la Bibliothèque nationale, où il est bibliothécaire, puriste sans préciosité, prompt à traquer l'hypocrisie et la cuistrerie. Sa rencontre avec Berthe de Courrière le révèle à l'amour avant que la maladie ne fasse de lui une sorte d'ermite médiéval. Selon Simoën, cet isolement aiguise son regard critique au lieu de l'aigrir. Le pamphlet « Le Joujou patriotisme », paru au Mercure de France dans une France coupée en deux, lui vaut d'être contraint de démissionner. Il devient alors le grand critique du Mercure, aux côtés d'Anatole France ou du jeune Léon Blum. Simoën l'appelle le « Sainte-Beuve de la modernité ».

Le Livre des masques révèle des inconnus contre le naturalisme de Zola, de Lautréamont, que Gourmont fait connaître bien avant les surréalistes, au jeune Gide. Simoën explique l'hostilité durable de Gide par Physique de l'amour (1905), qui replace l'homme parmi les animaux contre la tradition biblique. Il voit dans ce livre, ignoré à sa parution, une étonnante modernité : il dénonce la honte chrétienne du plaisir et fait de la volupté l'accord de tous les sens. Diane de Margerie présente les Lettres à l'Amazone, écrites à partir de 1910 à Natalie Clifford Barney. Elle y voit un livre d'une liberté absolue sur l'amour, le désir et la mort, où Gourmont donne voix à son âme féminine, cherche dans le désir vrai une quête de l'impossible et reconnaît dans l'Amazone l'androgynie qu'il aimait chez Villiers. Les dernières lettres, de 1914 et 1915, disent la résurrection qu'il lui doit.

Excerpts

Gourmont sur l'amour, cité par Claude Mettra :

“ce que nous aimons ne sont pas pour nous ce que la vie des a fait ils sont nos créations ils sont nous-mêmes c'est notre pensée qui les animent se sont nos yeux qui les peignent et nos mains qui les sculptent où ne se trompent jamais en aimant car on aime que l'œuvre de son désir”

Jean-Claude Simoën sur la maladie de Gourmont :

“il devient presque un ermite moyenâgeux le visage boursouflé il ne peut plus se montrer [...] et ce qui est tout à fait exceptionnel c'est que cela va lui donner encore beaucoup plus d'acuité critique c'est à dire que au lieu de se ronger et de rejeter l'univers et bien il va s'ouvrir lui il et il va s'épanouir bien sûr aux idées”

Physique de l'amour, lu dans l'émission :

“c'est une singulière morale que celle qui fait voir dans le plaisir une diminution de soi-même des hommes en sont venus à éprouver une sorte de honte de la joie qu'ils ont tiré de leur sang secret et ce n'est pas de l'hypocrisie ils sont sincères leur honte est véritable”