MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Rien ne veut rien dire/Mazauric, Simone

Mazauric, Simone

professeure émérite d'histoire et de philosophie des sciences, université de Lorraine, auteure de Gassendi, Pascal et la querelle du vide, PUF ; nom brouillé dans les sous-titres

Rien (4/4) : La nature a-t-elle horreur du vide ?

Rien ne veut rien dire · Oct 24, 2016 · partial coverage

▶ Watch on YouTube

Coverage note: full (environ quarante-cinq minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec des erreurs de reconnaissance, notamment sur les noms propres)

Core ideas

Une querelle à la fois expérimentale et métaphysique. À partir de l'expérience de la seringue (Rossellini), Mazauric rappelle que Pascal n'a pas inventé l'expérience du vide : les Italiens (Torricelli, élève de Galilée) l'avaient précédé, après que les fontainiers de Florence eurent buté sur l'impossibilité de faire monter l'eau au-delà de dix mètres. Le tube de mercure de Torricelli, transmis en France par le père Mersenne, est repris par Pascal à Rouen (siphons, soufflets, seringues, vin au lieu d'eau), puis par la « grande expérience » de 1647-1648. Galilée avait d'abord parlé d'une « horreur limitée du vide » ; Torricelli, lui, conclut que la nature n'a pas du tout horreur du vide.

Le vide impensable. « La nature a horreur du vide » vient de l'Antiquité : le vide serait le non-être, et Aristote le refuse aussi pour des raisons physiques (le mouvement circulaire, l'antipéristase, sans espace vide) et finalistes. Le père Étienne Noël, maître de Descartes à La Flèche, objecte à Pascal que le vide n'est ni substance ni accident, donc impensable ; Descartes, qui définit la matière par l'étendue, ne peut l'admettre et invoque une « matière subtile ». Pascal distingue trois opinions : celle de la foule des philosophes (pas de vide), celle des esprits modérés qui admettent une répugnance limitée, et la sienne, que la nature n'a aucune répugnance pour le vide ; Mazauric conteste que ce troisième parti soit original, car Torricelli l'avait écrit à Ricci. Quant à un lien direct entre le vide physique et le néant métaphysique des Pensées, elle reste prudente : Pascal avait vingt-quatre ans en 1647 et rédige les Pensées bien plus tard, mais il les met ensuite au service de la vanité de la connaissance humaine.

Progrès, autorité, expérience. La Préface sur le traité du vide affirme clairement l'idée de progrès : dans les sciences, l'autorité des anciens est illégitime, la raison et l'expérience sont seules maîtresses, alors que l'autorité reste nécessaire en matière de foi (Pascal juge la condamnation de Galilée justifiée). Pascal oppose ainsi sa physique, fondée sur l'expérimentation (dispositif pensé pour éprouver une hypothèse), à la déduction à partir de principes qu'il attribue à Descartes, bien que celui-ci ait aussi reconnu la nécessité de l'expérience. L'épisode illustre ce que Bachelard appellera un obstacle épistémologique : le vide est contre-intuitif et pourtant prouvé. Pascal reste divisé entre savant et croyant, ce que Mazauric décrit comme une dualité plutôt qu'une contradiction.

Excerpts

“« la nature n'a aucune répugnance pour le vide qu'elle ne fait aucun effort pour l'éviter »”

“« c'est sans doute une des premières affirmations claires explicite de l'idée de progrès »”

“« sont les seuls maîtres de la physique »”