Moreau, Pierre-François
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Core ideas
Les adversaires de Kant. Dans la préface de 1787, Kant passe en revue ses adversaires : matérialisme, fatalisme, athéisme (les trois formes de l'incroyance, qui nient l'âme, la liberté, Dieu), fanatisme et superstition (ceux qui croient mal), et enfin idéalisme et scepticisme (dangereux surtout pour les écoles). Moreau y voit une liste ordonnée, qui vise ce qui peut se répandre dans le public, et rappelle l'effervescence allemande du XVIIIe siècle (libertins, matérialistes, athées, déistes, hétérodoxes wolffiens) qu'on oublie quand on réduit Kant à un Hume réveillant un dogmatisme leibnizien. La métaphysique, qui « passe son temps à nier sa propre histoire », est le résultat d'une histoire récente : à l'ontologie d'Aristote se sont ajoutées l'âme, puis le monde comme totalité (Hobbes, Spinoza menaçant de tout déterminer), d'où les trois disciplines de la dialectique transcendantale : théologie, psychologie, cosmologie.
Renvoyer dos à dos incroyants et métaphysiciens. Pour Moreau, le projet de Kant est de montrer que les métaphysiciens ont défendu l'existence de Dieu, de l'âme et de la liberté avec de mauvaises armes, celles du savoir, ce qui donne du grain à moudre aux incroyants qui répondent avec des preuves symétriques : « ces deux attitudes sont des sœurs jumelles ». Réfuter l'un réfute l'autre : on ne peut prouver ni l'existence ni l'inexistence de Dieu, ni la liberté ni son contraire. La Critique délimite donc le champ du savoir (physique, causalité, déterminisme, d'esprit « strictement matérialiste » en ce sens) et libère un espace pour la croyance, qui relève de l'exigence pratique (la morale, le droit). Les lecteurs de la grande foule croient déjà qu'il y a une vie future, qu'ils sont libres, qu'un auteur du monde existe.
La croyance morale. Dans le Canon de la raison pure (théorie de la méthode, la partie que personne ne lit), Kant dit « je suis moralement certain qu'il y a un Dieu » et non « il est moralement certain » : la certitude est subjective, recommence à zéro chez chaque individu, et n'est pas communicable comme un savoir ; le prédicateur peut éclairer ce que chacun croit déjà, jamais l'implanter. Kant ne fonde pas la morale sur la religion mais la religion sur la morale (La Religion dans les limites de la simple raison). Moreau note que les successeurs ont séparé l'héritage : l'idéalisme garde la métaphysique, les néo-kantiens du XIXe siècle ne gardent que l'analytique (épistémologie), au risque de manquer l'intention stratégique de l'ouvrage.
Excerpts
“« ces deux attitudes sont des soeurs jumelles »”
“« la métaphysique c'est qu'elle passe son temps à nier sa propre histoire »”
“« je suis moralement certain qu'il y à un dieu »”