Sers, Philippe & Palmier, Jean-Michel & Goldet, Stéphane & Polieri, Jacques & Hermann, Brigitte & Eghayan, Michel Hallet
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - transcription automatique de qualité moyenne.
Core ideas
L'émission s'ouvre sur l'appartement de Neuilly : clés multiples, objets d'art populaire russe, atelier rangé « comme un étudiant attardé » où le peintre travaillait parfois en smoking. Une vie de moine protégée par Nina après la fièvre bohème de Munich, où la conversation basculait vite dans la métaphysique. Philippe Sers insiste sur l'écriture, instrument et non justification : Kandinsky, juriste à qui l'on offrait une chaire, consigne son expérience comme un explorateur dont les territoires deviennent propriété de l'humanité. Il voit l'origine de l'abstraction dans l'expédition ethnographique de 1889 à Vologda. Kandinsky y découvre un droit coutumier fondé sur l'intention, qu'il juge chrétien, et les « maisons magiques » entièrement peintes, où l'on peut regarder soit la fonction des meubles, soit l'univers pictural. L'abstraction ne serait donc pas une réalité désincarnée, mais une attention levée du monde des apparences vers l'autre monde. Michel Hallet Eghayan explique comment son ballet traduit en danse les six couleurs de la période de Murnau.
Jean-Michel Palmier décrit le Munich de 1896 : la bohème de Schwabing autour de Stefan George, l'atelier d'Ažbe, l'école Phalanx en 1901 et la rencontre de Gabriele Münter. Il présente un organisateur au sens publicitaire remarquable, qui éclipsera Jawlensky. À Murnau, la couleur s'émancipe de l'objet. Du spirituel dans l'art doit au symbolisme russe et peut-être à Steiner, mais recherche l'harmonie là où les peintres de Die Brücke cherchent la violence. Le rejet par la Neue Künstlervereinigung mène au Blaue Reiter, un tandem avec Franz Marc. Stéphane Goldet compare le passage de Kandinsky à l'abstraction (Paysage à la tour, les Improvisations) à celui de Schoenberg à l'atonalité, par les mêmes étapes et aux mêmes dates. Il évoque leur correspondance, les poèmes absurdes de Klänge avant Dada, et une fluidité que tous deux perdront une fois installés dans leur système. Sers expose la théorie des couleurs (le bleu concentrique qui s'éloigne, le jaune expansif qui avance) et une forme conçue comme réponse à la couleur, qui mène à la composition et à l'art monumental. Il lit la troïka et la montagne comme l'ascension d'Élie et l'écroulement de la cité spirituelle.
Palmier raconte le Bauhaus de Gropius, où Kandinsky enseigne la théorie avec une rigueur opposée à la liberté laissée par Klee, et le rêve wagnérien d'œuvre d'art totale. Jacques Polieri raconte sa mise en scène de Sonorité jaune au Théâtre des Champs-Élysées, d'après le seul synopsis, avec des formes tirées des tableaux et une partition de Schnittke. Hallet Eghayan juge que l'essentiel de la spiritualité de Kandinsky passait dans l'enseignement plutôt que dans des écrits trop sacralisés. Palmier évoque l'« art dégénéré », les toiles vendues ou brûlées et l'exil à Paris en 1933 d'un humaniste sans engagement politique. Kandinsky meurt en 1944 dans Paris occupé, en peignant encore le bleu de ciel. Sers conclut sur un art sacré pour l'époque moderne : l'âge de l'Esprit après ceux du Père et du Fils, l'artiste prophète au sommet du triangle, et des compositions qui sont des icônes, passant de l'image extérieure à l'image du cœur comme la prière.
Excerpts
Philippe Sers sur l'abstraction née des « maisons magiques » :
“l'art abstrait c'est un art où on supprime un aspect de la réalité pour s'intéresser à l'autre mais il n'y a pas une réalité désincarnée il y a simplement une levée de [l']attention au monde de l'apparence au monde entre guillemets de la matérialité pour s'intéresser à l'autre monde”
Stéphane Goldet sur Kandinsky et Schoenberg :
“schunberg passe de la musique tonal à la musique [atonale] exactement en franchissant les mêmes étapes que Kandinski de son côté passe de l'art encore figuratif car le paysage à la tour c'est quand même un paysage avec une tour [...] ce qui est important ce n'est pas l'objet mais c'est la couleur”
Michel Hallet Eghayan sur l'enseignement de Kandinsky :
“la véritable spiritualité de Kinski c'est celle qui passait entre lui et ses élèves dans l'acte de donner et l'acte de comprendre et l'acte de faire et le vrai poète là c'est celui qui fait c'est pas celui qui écrit”