Darriulat, Jacques
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Core ideas
Pourquoi s'enivrer dans un monde sans dieux. Après la lecture de « Enivrez-vous », Darriulat explique que l'ivresse est ici l'unique remède à la mélancolie : quand le monde ne parle plus aux poètes (les dieux se sont tus, le monde moderne est neutre et objectif), le poète doit se rendre ivre lui-même. Il rattache le spleen à l'ennui pascalien (naissance de la subjectivité moderne, révolution galiléenne), évoque le poème « Châtiment de l'orgueil » (le théologien qui perd l'esprit) et la tâche du poète : trouver la beauté « dans la boue des grands boulevards » ; l'ivresse n'est pas une évasion ni un maquillage (comme dans l'éloge du maquillage du Peintre de la vie moderne, qui rend la femme conforme à la vérité du désir), mais une transfiguration du réel.
Haschich, poème et dissolution du moi. Le « Poème du haschich » (Les Paradis artificiels) est lu comme une méthode poétique : le vin est une ivresse d'évasion, le haschich et la poésie sont une ivresse d'adhésion, où l'objet (l'arbre, l'oiseau, la fumée de pipe) fascine au point d'abolir le sujet ; « je ne suis plus fumé, c'est moi qui fume ». Baudelaire, qui veut être un haschichin lucide, prend la poésie pour la « drogue absolue » : la souffrance est celle du moi, que l'ivresse dissout (« je ne suis qu'un faux accord »), pour entendre la symphonie du monde. « La Chevelure » en est l'illustration : le sujet se perd dans l'objet, la femme devient paysage, parfum et réminiscence, qui font revenir un passé révolu (le « vin du souvenir », annonce de Proust) ; le monde des correspondances est double, dans l'espace (échos) et dans le temps (réminiscence).
Jouissance, doubles et Schopenhauer. La jouissance est constante chez Baudelaire (lettre à Wagner : « jouissance de comprendre », volupté sensuelle). Toute rencontre est celle d'un double (Poe, Wagner, la passante, le miroir). Darriulat rapproche le paragraphe 34 du Monde comme volonté de Schopenhauer (sujet pur, miroir de l'objet) mais note que Baudelaire n'a pas cité Schopenhauer et rejette l'idée platonicienne et le néoclassicisme de David. L'ivresse du haschich, passive, doit se transformer en « suprême activité » : l'ivresse du crayon de Constantin Guys, c'est aussi celle de l'écrivain, qui transcrit la symphonie du monde immanent dans les mots.
Excerpts
“« la poésie n'est pas un maquillage »”
“« ici et maintenant que le regard de l'ivresse transfigure la sensation »”
“« je ne suis qu'un faux accord »”