Antonioli, Manola
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Core ideas
Penser le jour à une profondeur que la lumière n'atteint pas. L'émission s'appuie sur l'article de Blanchot « Nietzsche et l'écriture fragmentaire » (NRF, 1967, repris dans L'Entretien infini). Antonioli y lit une opposition à toute la tradition optique de la philosophie occidentale (l'« héliotropisme » platonicien, selon Derrida) : Blanchot se tourne vers Héraclite, Nietzsche, René Char, vers une pensée de l'obscurité qui traduit en écriture une lumière non optique. Il ne s'agit ni d'allusion ni de concentration aphoristique, mais d'une forme d'écriture, le fragment, qui diffracte la totalité de la pensée et impose un style autant qu'une thèse. Blanchot refuse de réduire Nietzsche à un système (volonté de puissance, éternel retour, mort de Dieu) : pour lui Nietzsche est le philosophe qui déjoue l'idée de système.
L'éternel retour et la sortie de l'histoire. L'« expérience limite » nietzschéenne est la pensée de l'éternel retour (Le Gai savoir, 341, « le poids le plus lourd »), qui met en cause toute orientation téléologique de l'histoire. Dans « Sur un changement d'époque : l'exigence du retour », Blanchot juge que nous sortons de l'histoire, non par une pacification du monde, mais par l'impossibilité de trouver un sens total, et il attribue ce changement à la technique (médias, publicité, lois de la matière), alors qu'on le croit enfermé dans la littérature : sa solitude est « extrêmement ouverte ». Il insiste sur la difficulté, pour Nietzsche lui-même, de formuler adéquatement l'éternel retour, que l'on peut lire comme hypothèse cosmologique ou éthique. Blanchot parle d'un penseur qui « fait sortir la pensée de la pensée » : mouvement proche de Derrida et de Deleuze (Différence et répétition) à la même époque, qui cherchent à penser l'altérité sans la réduire au même, à renouveler l'« image de la pensée ». Antonioli oppose cette lecture à l'appropriation heideggérienne de Nietzsche.
Amitié, interprétation, lumière. L'amitié chez Blanchot n'est pas fusion mais « proximité dans la distance » (Lévinas), et son interprétation de Nietzsche garde cette distance : il lit en restant « fidèle à lui-même », en construisant sa propre philosophie, d'où l'adoption de l'écriture fragmentaire dans L'Entretien infini, Le Pas au-delà et L'Écriture du désastre. Le fragment n'est pas une solution stylistique : l'apparence classique d'un Lévinas peut cacher une exigence fragmentaire profonde. Blanchot reprend la critique nietzschéenne du langage qui pétrifie le réel, mais aucun écrit « pur » n'échappe aux oppositions métaphysiques. Le récit La Folie du jour (lu par Derrida) joue sur la lumière trompeuse : le jour est un faux jour parce que la vérité sur le jour est dissimulée par lui. Éclairer une énigme, c'est la préserver comme énigme, et non l'éclaircir ; la philosophie de la lumière, au contraire, « dévore » le monde, comme la connaissance-digestion chez Nietzsche. Comprendre le monde suppose de respecter la multiplicité du réel, non de perdre la tête.
Excerpts
“« il faut accepter donc l'obscurité comme un moyen de connaissance et l'opacité comme la façon la plus honnête de ménager le monde de le comprendre avec tact »”
“« l'amitié n'est pas fusion chez blanchot c'est proximité dans la distance »”
“« le jour est un faux jour non pas parce qu'il y aurait un jour plus vrai »”