Eltchaninoff, Michel
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Core ideas
Une famille, un parricide, la culpabilité. Eltchaninoff présente le roman : un monastère où vit un starets, quatre frères (Dmitri passionné, Ivan froid et négateur, Aliocha novice, Smerdiakov le bâtard épileptique et domestique) autour d'un père bouffon, débauché et méprisé, Fiodor Pavlovitch ; le père est tué, un procès suit, et le roman a des allures de roman-feuilleton qui pose des questions métaphysiques et la question de la justice. Le parricide fonde la culpabilité (Freud) : Dostoïevski avait dix-sept ans quand son père fut tué par ses paysans, et il écrit « l'homme est un mystère, je m'occupe de ce mystère car je veux être un homme ». Les enfants du roman (le petit Ilioucha, le chien tué) montrent que même l'enfance n'est pas innocente, que la haine de soi peut empêcher d'accepter un pardon, et Dostoïevski répond non par un territoire d'innocence mais par la reconnaissance d'une culpabilité globale (« nous sommes tous coupables de tous devant tous », mot du frère de Zosime).
Ivan, la théodicée refusée et le Grand Inquisiteur. Ivan refuse l'harmonie universelle payée par la souffrance des enfants innocents : pour Dostoïevski « le moindre mal fait à un innocent fait chanceler tout l'édifice » (contre Leibniz et tout calcul du mal), et sans Dieu « tout est permis », jusqu'à vouloir la mort du père. Aliocha lui oppose l'argument de la croix (le Christ peut tout pardonner, ayant versé son sang innocent), et Ivan répond par le poème du Grand Inquisiteur : le Christ revenu à Séville est emprisonné par l'Inquisiteur qui démontre que les hommes sont plus heureux sans liberté et sous une autorité ; Eltchaninoff y voit l'argument du totalitarisme et du « palais de cristal » (le mal expliqué par le social), et note que le baiser du Christ à l'Inquisiteur dit que la liberté ne se raconte pas, qu'elle est une puissance vitale. Ivan attendait d'Aliocha un mot qui ne vient pas, et Aliocha est coupable aussi de ne pas l'avoir arrêté ; tous les frères sont responsables de la mort du père.
Roman polyphonique, choisir le Christ plutôt que la vérité. Bakhtine y voit le roman polyphonique : l'auteur laisse parler le pour et le contre (« Pro et contra ») sans conclure ; la fin reste ouverte, Aliocha pourrait devenir révolutionnaire. Dostoïevski cherche une solution chrétienne pour les temps modernes qui ne soit pas une aliénation, une « vie vivante », ouverte à autrui et à la création, par le roman plutôt que par le traité ; sa formule (« si on me prouvait que le Christ est hors de la vérité, je préférerais rester avec le Christ ») oppose une vérité qui s'impose à une relation vivante, et il écrit à la jeunesse pour montrer qu'une société ne doit aller ni vers le cynisme du capitalisme ni vers l'idéologie totalitaire.
Excerpts
“« je m'occupe de ce mystère car je veux être un homme »”
“« pour dostoïevski le moindre mal fait un innocent fait chanceler tout l'édifice »”
“« nous sommes tous coupables de tous devant tous »”