de Franchis, Marielle & Grandazzi, Alexandre & Guittard, Charles & Thuillier, Jean-Paul
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Core ideas
Marielle de Franchis présente le plus grand prosateur de l'époque augustéenne : un Padouan, contemporain exact d'Auguste, reçu à la cour, qui encouragea le futur empereur Claude à écrire l'histoire. Charles Guittard situe le grand projet autour d'Actium, en 31 avant J.-C. Tite-Live passe un demi-siècle à dicter cent quarante-deux livres, à raison de deux et demi par an, sans jamais suivre de carrière politique. Pompéien et républicain, il écrit une histoire qui sert pourtant le principat, comme l'Énéide. Guittard souligne l'éloge de la libera res publica au livre II : des magistratures annuelles, électives et collégiales, contre le regnum. De Franchis explique la transmission de l'œuvre : les Periochae du IVe siècle, le découpage en décades, la conservation des livres I à X et XXI à XLV, la redécouverte au XVIe siècle des livres jusqu'à Pydna, et une fausse traduction arabe au XVIIIe siècle. Elle rappelle aussi le Gaditan venu de Cadix seulement pour le voir et Quintilien qui le recommandait aux jeunes lecteurs avant Salluste.
De Franchis montre comment Tite-Live anime la forme annalistique héritée des registres du grand pontife. Il alterne récits et discours, où parlent aussi les femmes, les soldats et les ennemis, et compose des épisodes à la manière des historiens hellénistiques : l'enlèvement des Sabines, Sophonisbe et Massinissa. Alexandre Grandazzi explique pourquoi on a longtemps cru que lire Tite-Live ne servait à rien face aux vestiges archéologiques. Pour lui, la vraie question est celle de la croyance pour un homme cultivé de la fin du Ier siècle : la légende de Romulus, fratricide nourri par une louve que les annalistes rationalisaient en prostituée, embarrassait les Romains, qui n'ont pas pu l'éliminer parce qu'elle était enracinée dans les rites. Tite-Live n'y croit guère et expédie la royauté en un seul livre, mais il est plus artiste qu'historien et en restitue la simplicité archaïque. Jean-Paul Thuillier montre l'apport de Tite-Live sur les Étrusques : les trois rois de Rome, des cités-États confédérées, un peuple « plus que tous adonné aux pratiques religieuses », et le Fanum Voltumnae, que les fouilles au pied d'Orvieto pourraient localiser. Il note qu'aux jeux de Tarquin, les boxeurs et les chevaux venus d'Étrurie trouvent un écho précis dans la tombe des Olympiades de Tarquinia.
Guittard décrit un patriote favorable à l'expansion romaine, méfiant envers les excès des tribuns qui troublent la concordia ordinum, et un étonnant historien des foules. De Franchis commente la préface du livre XXXI : l'historien qui s'enfonce dans la mer comme un homme qui croit l'eau peu profonde. Grandazzi fait de Tite-Live un acteur de la « refondation augustéenne », chaque défaite de la deuxième guerre punique étant rapportée à une faute rituelle (Flaminius, Varron). Il rappelle la définition cicéronienne de l'histoire, opus oratorium maxime et magistra vitae, et décrit la procédure des prodiges qui restaure la pax deorum. De Franchis retrace la postérité : deux cents manuscrits par décade, Pétrarque et l'Africa, Corneille (Horace, Sophonisbe), Machiavel et ses Discours, Rubens, Poussin, David, Turner, Haendel et Britten. Guittard conclut que, après l'hypercritique du XIXe siècle, l'archéologie du Latium confirme désormais largement la chronologie de Tite-Live.
Excerpts
Alexandre Grandazzi sur la légende de Romulus :
“cette légende si les Romains l'avaient pu je suis persuadé qu'il l'auraiit éliminé complètement c'estàdire qu'il l'aurait remplacé par une légende plus brillante et plus propre n'est-ce pas et ils ne l'ont pas fait parce qu'ils n'ont pas pu le faire”
Marielle de Franchis sur l'écriture de Tite-Live :
“il ne fait pas seulement parler les généraux qui s'adressent à leurs soldats avant la bataille ou les consuls qui présentent un projet de loi au Sénat il fait aussi parler des femmes il fait aussi parler de simples soldats romains il fait parler des ennemis de Rome et donc nous avons toutes ces voix dans son histoire qui se répondent”
Alexandre Grandazzi sur Tite-Live historien :
“il n'est peut-être pas un historien mais sans lui nous ne pourrions pas faire l'histoire de la Rome républicaine comme nous pouvons la faire parce que s'il n'était pas un historien [...] au sens moderne [...] il a avait le sens du passé romain il avait en particulier le sens de l'importance décisive du fait religieux”