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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Lazzeri, Christian

Lazzeri, Christian

philosophe, auteur de Force et justice dans la politique de Pascal

L'animateur de l'émission n'est pas nommé dans la transcription ; un comédien lit des extraits des Trois discours sur la condition des grands et des Pensées, et des extraits de Ma nuit chez Maud d'Éric Rohmer et d'une chanson de Charles Aznavour sont diffusés.

Les Pensées de Pascal (5/5) : La pensée politique

Rien ne veut rien dire · Jan 26, 2018 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique de qualité moyenne.

Core ideas

L'animateur part de l'apologue qui ouvre le premier des Trois discours sur la condition des grands (vers 1660), destinés à un jeune prince, sans doute le fils du duc de Luynes. Un naufragé, pris pour le roi disparu d'une île, accepte les honneurs tout en gardant une « pensée de derrière » qui lui rappelle que seul le hasard l'a mis à cette place. Il demande comment Pascal peut être à la fois si subversif et si peu révolutionnaire. Christian Lazzeri répond que pour Pascal le pouvoir est nécessaire, pour des raisons politiques et religieuses, mais qu'il refuse toutes ses justifications rationnelles. Contre les théoriciens du droit naturel et du contrat, comme Hobbes qui fait de la loi de nature une loi divine, il voit dans l'autonomie de la raison morale une menace pour la religion. C'est pourquoi les Pensées ne démontrent pas Dieu, et Pascal montre en savant, dès les principes de la géométrie que « le cœur » saisit sans démonstration, que la raison doit reconnaître ses limites.

Lazzeri expose la distinction entre grandeurs d'établissement et grandeurs naturelles. Aucune qualité de nature, vaillance ou magnanimité héritée du lignage, ne fonde le droit de commander. Les grandeurs d'établissement relèvent de la décision du législateur, et même la propriété n'a pas de fondement naturel. D'où la formule selon laquelle il n'est pas nécessaire d'estimer un duc mais nécessaire de le saluer, en lui gardant au besoin un mépris intérieur. Lazzeri y voit la théorie pascalienne des ordres : chaque puissance (le corps, l'esprit, la charité) a son objet propre. La tyrannie consiste à « dominer hors de son ordre », exiger l'estime par la force ou convertir par la contrainte, et la condamnation de Galilée ne change rien à la vérité. Il y a là une forme de résistance intérieure qu'aucun pouvoir ne peut atteindre.

Commentant le fragment « Justice, force », Lazzeri refuse d'y lire une apologie de la tyrannie. Pascal, « anomalie » à contretemps des théories modernes de la justice, revient au scepticisme de Montaigne : faute de point fixe, l'État naît de la force d'un parti dominant, que l'imagination et la coutume revêtent d'une légitimité. La justice est le maquillage nécessaire de la force, sans lequel on retomberait dans un conflit des vanités. Contrairement à La Boétie, qui explique la servitude par l'intérêt, Pascal fonde la reproduction du pouvoir sur la vanité et le prestige. D'où la gradation du peuple, des demi-habiles, des habiles et des chrétiens parfaits : il ne faut pas tromper le peuple, mais ne pas le détromper, et les vrais adversaires sont à la fois les libertins et les dévots qui fragilisent le pouvoir. À propos de Ma nuit chez Maud, Lazzeri rappelle que Pascal défend la religion en partie contre l'Église, en refusant l'infaillibilité pontificale et la conversion forcée. Il conclut que le monologue de Figaro est pascalien sur le fond, à ceci près que Pascal ne voulait pas le crier publiquement : le pouvoir est nécessaire, mais doit s'exercer sans tyrannie, comme le recommande la fin des Discours.

Excerpts

Christian Lazzeri sur le paradoxe de la politique pascalienne :

“d'un côté en effet pascal pense le pouvoir est nécessaire c'est une nécessité à la fois pour des raisons politiques et la fois pour des raisons religieuses mais de l'autre côté il entreprend une critique relativement systématique de l'ensemble des justifications qui sont données à ce pouvoir en particulier lorsque ces justifications émanant fait de la région naturelle”

Christian Lazzeri sur la justice comme maquillage de la force :

“la force ne suffit pas car comme le disait bien le fragment que vous venez de lire si j'aime si la force a pas rester seuls seraient tyrannique [...] il faut donc d'une certaine façon la force soit habillé en quelque sorte par une forme de légitimation simplement cette légitimation et n'est pas rationnel c'est une légitimation de fait et comme c'est une légitimation de fait elle va reposer sur l'imagination”

Le second des Discours sur la condition des grands, lu dans l'émission :

“si vous étiez duc sans être honnête homme je vous ferai encore justice car en vous rendant les devoirs extérieur que l'ordre des hommes a attaché à votre naissance je ne manquerai pas d'avoir pour vous le mépris intérieur que mériteraient la bassesse de votre esprit”