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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Struve, Daniel & Robert, Jean-Noël & Girard, Frédéric

Struve, Daniel & Robert, Jean-Noël & Girard, Frédéric

Struve, Daniel: professeur de littérature japonaise à Paris 7, traducteur de Saikaku

Robert, Jean-Noël: historien du bouddhisme japonais à l'École pratique des hautes études, traducteur du Fils de l'homme qui ne vécut que pour aimer

Girard, Frédéric: chercheur en histoire du bouddhisme à l'École française d'Extrême-Orient

Un quatrième intervenant, historien japonais directeur de recherche au CNRS, dont le nom est inintelligible dans la transcription, évoque le contexte historique et la biographie ; les extraits de l'œuvre sont lus par un comédien non nommé, et un narrateur non nommé assure les transitions.

IHARA SAIKAKU (1642-1693) – Une vie, une œuvre [2002]

Rien ne veut rien dire · May 29, 2018 · partial coverage

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Coverage note: full - sous-titres automatiques très altérés, notamment sur les termes japonais et dans un passage final en japonais.

Core ideas

Le documentaire présente Ihara Saikaku (1642-1693), l'un des auteurs les plus cités de la littérature classique japonaise et pourtant l'un des moins connus. On ne sait presque rien de lui, sinon la date de sa mort, dont on déduit celle de sa naissance. Il est fils de marchands d'Osaka et a quitté le négoce pour la poésie comique (haikai). Daniel Struve explique qu'il était d'abord un virtuose du haikai no renga, les vers enchaînés de 5-7-5 et 7-7 syllabes, et pratiquait des joutes solitaires où il tenait tous les rôles. Après la mort de sa jeune femme, il aurait composé 1 000 vers en un jour, puis 23 500 en vingt-quatre heures, record jamais battu. Son premier récit en prose, L'Homme qui ne vécut que pour aimer (1682), passe pour inaugurer un genre nouveau, celui du livre imprimé illustré et populaire. L'historien japonais rattache son œuvre à une époque de paix retrouvée, mais encore inquiète après les famines et la révolte des rônin. Il en fait l'emblème du glissement de ukiyo, « monde de souffrance », vers le « monde flottant » des plaisirs.

Les intervenants refusent de réduire Saikaku à un auteur léger ou érotique. Ses récits se déroulent surtout dans les quartiers de plaisir, monde artificiel séparé de la ville par une lande, où « nul ne saurait passer une journée en disant la vérité ». Ses personnages sont croqués avec cruauté dans leur cupidité et leur vanité, mais aussi avec compassion. Jean-Noël Robert ne croit pas à une satire sociale délibérée. Il y voit plutôt la description d'un monde raffiné en surface, posé sur un abîme de misère (courtisanes vendues à onze ans, hommes ruinés et chassés de leur famille), et une saisie poétique de la beauté fugace proche du haiku. Struve souligne l'humour, le refus des conventions et une fantaisie nourrie du taoïsme de Zhuangzi, en lien avec le kabuki et le théâtre de marionnettes. Il rappelle que le héros de L'Homme qui ne vécut que pour aimer, aux 3 742 femmes et 725 garçons, cherche moins le plaisir que l'élégance et la connaissance du cœur. Le titre signifie aussi « l'homme d'une seule génération », celui qui ne laisse pas de descendance. Struve fait de ce héros une allégorie de la quête du romancier, qui finit par partir vers l'« île des femmes ».

Frédéric Girard raconte comment, en traduisant Ermites distingués, il a compris avec des chercheurs japonais que ce recueil longtemps attribué à Saikaku était en réalité l'œuvre d'un moine zen, son disciple, et non un jeu de faux auteur. Il relève pourtant un thème commun : rien n'est plus changeant que l'homme, les personnages passant du sommet au plus bas de la société. L'historien japonais évoque l'attitude de Saikaku envers le double suicide amoureux, qu'il regrette, et envers l'homosexualité, qu'il ne condamne pas, à travers Cinq amoureuses. Il note aussi qu'à la fin de sa vie Saikaku semble avoir vécu sobrement et seul. Jean-Noël Robert insiste sur le style : Mishima comptait Saikaku et Murasaki Shikibu parmi les deux grands stylistes japonais. Saikaku superpose une narration savante, pleine de sous-entendus intraduisibles, et des dialogues dans les dialectes d'Osaka ou d'Edo.

Robert donne une clé de lecture bouddhique. Dans un Japon où le bouddhisme est laïcisé et mêlé au shintô et au confucianisme, Saikaku pratique le mitate, le procédé qui superpose à une scène triviale un thème sublime, comme des servantes lisant une lettre qui rappellent les moines Hanshan et Shide, ou des canards qui figurent des bodhisattvas. Dans Le Fils de l'homme qui ne vécut que pour aimer, que Robert a traduit, les courtisanes deviennent des bodhisattvas. Le livre s'achève sur un bûcher de lettres d'amour où le héros se donne la mort. Il fait ainsi passer le récit d'une apothéose charnelle taoïste à un dégoût bouddhique du monde flottant. Saikaku, dénigré de son vivant comme « illettré » parce qu'il ignorait les classiques chinois, apparaît finalement comme un écrivain difficile, à plusieurs niveaux, dont le lecteur fait seul l'unité.

Excerpts

Lecture d'un extrait sur le mensonge du monde du plaisir :

“le mensonge du monde entier à former une masse compacte et a donné naissance au monde du plaisir nul ne saurait passer une journée dans une maison de réception en disant la vérité c'est le métier des courtisanes que de dire ce qui n'est pas cependant le client qui se saignent à blanc ne cesse de se torturer l'esprit pour sauver les apparences”

Jean-Noël Robert sur la surface raffinée et l'abîme de misère :

“il ya ce décalage entre un un univers de surface extrêmement raffiné qui recouvre un abîme de de misère auquel il est parfaitement sensible ça c'est évident [...] on a l'impression qu'il est fasciné par ce miroitement de la société et qu'il voit quand même à travers et qu'il veut mettre en en contraste c'est cet aspect séduisant est ce qu'il y a ce qu'il ya derrière”

Daniel Struve sur la quête du héros de L'Homme qui ne vécut que pour aimer :

“cette quête est une sorte de quête de l'amour de ce que de ce qu'on appelle à l'époque le coach coup c'est à dire l'amour des belles formes l'amour des le goût pour la beauté il s'agit plus que d'une recherche du plaisir il s'agit de à la fois de d'élégance d'une sorte d'idéal de raffinement et de beauté que l'on met aussi bien dans ses vêtements dans dans la musique et dans la conversation”