Belaval, Yvon & Costabel, Pierre & Le Brun, Jacques
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Core ideas
Yvon Belaval présente une œuvre immense, en grande partie inédite, que personne n'a lue en entier et qui touche à toutes les sciences. Leibniz est selon lui moderne parce que chez lui le plus abstrait rejoint toujours le plus concret et que l'œuvre est inséparable de la vie d'un philosophe engagé. Né en 1646 dans une Allemagne émiettée en plus de trois cents États, divisée entre luthériens et catholiques, à la fin de la guerre de Trente Ans, fils et petit-fils de pasteurs, il cherche toute sa vie à réunir les Églises pour réunir l'Allemagne. Orphelin de père à cinq ans, autodidacte dans la bibliothèque paternelle, génie de la combinatoire, il doit gagner sa vie au service de princes, souvent catholiques : l'électeur de Mayence par l'intermédiaire de Boinebourg, puis les ducs de Hanovre. Il compose l'histoire de leur maison et prouve leurs liens avec la maison d'Este, ce qui contribuera à les mener au trône d'Angleterre.
Le séjour parisien de 1672 à 1676 en est le cœur. Leibniz y vient réclamer une pension, convaincre Louis XIV de conquérir l'Égypte contre les Turcs et préparer l'union des Églises avec Arnauld. Pierre Costabel explique qu'il arrive presque ignorant des mathématiques modernes et les découvre auprès de Huygens, de Malebranche et dans les papiers de Pascal. Il comprend surtout qu'il n'y a pas de progrès mathématique sans progrès de l'écriture : le signe égal, les parenthèses et surtout la notation du calcul différentiel et intégral, qui manquait à Newton. Costabel illustre ce regard par l'étonnement devant le centre de gravité, la série qui donne π/4 et l'« itération » qui permet d'appliquer le calcul à lui-même. Le calcul permet de montrer que la cycloïde est la courbe de plus rapide descente. Leibniz n'a pourtant jamais écrit l'équivalent des Principia, conscient des problèmes qui échappaient encore.
Jacques Le Brun montre un Leibniz conscient que la chrétienté est brisée et que la vérité se trouve au-delà des confessions, mais sans la naïveté de vouloir la reconstituer à l'identique. Il évoque les milieux de Port-Royal pendant la paix de l'Église, la république des lettres et le projet d'union autour de l'empereur et du pape contre Louis XIV. Dans la correspondance avec Bossuet sur l'hérésie, Leibniz soutient qu'on n'est pas hérétique malgré soi et invoque sa conscience, alors que Bossuet met le critère dans le fait d'être hors de l'Église. La révocation de l'édit de Nantes ruine ces efforts. Le Brun le voit comme l'un des derniers hommes du XVIIe siècle, tourné vers l'Orient et la Chine. Belaval retrace la critique de Descartes : l'individuation, l'espace devenu idéal, la monade, la force contre le mouvement géométrique, l'harmonie préétablie des horloges et une liberté qui n'est pas le libre arbitre. Il évoque aussi la mort solitaire après la querelle avec Newton et une postérité faite de malentendus.
Excerpts
Yvon Belaval sur la modernité de Leibniz :
“on peut dire que l'ennemi c'est absolument moderne d'abord en ceci que pour lui le plus abstrait rejoint toujours le plus concret et inversement [...] il est aussi parce que chez lui il n'y a pas de clivage l'oeuvre est liée à la vie la vie à l'oeuvre”
Pierre Costabel sur l'écriture mathématique :
“je pense qu'il faut être très consciente ce fait qu'il n'y a pas de problème de la mathématique sans un progrès de l'écriture et que c'est l'avenir qui a compris cette chose fondamentale”
Jacques Le Brun sur Leibniz et l'hérésie :
“lui même en conscience et c'est le mot conscience qu'ils emploient constamment il ne se sent pas hérétiques et leibniz ne cesse de dire que l'on ne peut pas être hérétiques malgré soi et ceux ci c'est le leitmotiv [...] d'un bout à l'autre de ses conversations avec bosmel”