Laks, André & Klein, Étienne
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Core ideas
Raphaël Enthoven ouvre sur la comparaison des présocratiques avec les dinosaures. André Laks la juge juste et fausse : ils ont disparu, mais restent présents, de Nietzsche à Heidegger, parce qu'ils sont sans cesse réinterprétés, alors que les animaux n'interprètent pas leur passé. Il insiste sur le statut particulier des fragments d'Héraclite. On sait à quoi ressemblait le poème de Parménide, mais on ignore tout de la composition du livre d'Héraclite, déposé dans le temple d'Artémis à Éphèse. Laks pense que beaucoup de ses phrases avaient une forme fermée et autonome (paradoxe, énigme, antithèse), plutôt qu'elles n'auraient été arrachées à un discours continu. Avec l'extrait de Sherlock Holmes, Enthoven pose la question de l'interprétation qui dévie, et Laks souligne qu'Héraclite est le présocratique chez qui la distance entre les fragments et leur postérité est la plus grande.
Pour Laks, l'image d'Héraclite philosophe du devenir est une construction : le panta rhei n'est pas de lui, mais l'interprétation que Platon en donne, une philosophie qu'il juge « morveuse ». Les fragments du fleuve disent plutôt la tension entre le même et l'autre. Laks rappelle avec Karl Reinhardt qu'Héraclite précède sans doute Parménide, qui réagit à une première lecture de ses textes. Il conteste l'Héraclite qui pleure, venu de Sénèque, et préfère Bach à Chopin : contrepoint, inversion, rencontre des voix opposées. À partir du texte de Nietzsche sur la lutte des contraires, il distingue la contradiction dialectique de Hegel, pour qui tout Héraclite est entré dans sa Logique, et l'insistance violente de Nietzsche sur la guerre. Il montre que le fragment « la guerre est père de toutes choses » est tronqué. Il porte en fait sur des relations précises, dieux et hommes, esclaves et libres, et le « tout » grec peut être un masculin. De même, « la durée de vie est un enfant qui joue » n'impose pas la lecture anti-finaliste de Nietzsche.
Pour Laks, le fil directeur est la coexistence simultanée des contraires : une trentaine de fragments disent qu'une chose n'est qu'en apparence ce qu'elle est, son contraire étant constitutif de son identité. Héraclite apparaît alors, dans une lecture plus aristotélicienne, comme le penseur de l'impossibilité de fixer une identité, face à Parménide. Il distingue cette coexistence de la naissance d'un contraire à partir de l'autre, celle des bons sentiments nés des mauvais chez Nietzsche dans Par-delà bien et mal, et doute qu'Héraclite ait eu une cosmogonie au sens grec traditionnel. Dans le journal, Étienne Klein explique que l'« instant zéro » du Big Bang est une extrapolation abusive de la relativité générale, une fiction mathématique. Les théories qui tentent d'unifier gravitation et physique quantique font disparaître la singularité initiale. Nous n'avons donc aucune preuve d'une origine au sens radical d'un passage du néant à l'être, que le langage, en faisant du néant quelque chose, ne pourrait de toute façon pas décrire.
Excerpts
André Laks sur l'image construite d'Héraclite :
“l'image que l'on associe à héracllite qui est celle comme vous le rappelez si bien le philosophe du devenir est une image entièrement construite et si on lit les fragments d'héraclit on est frappé par le fait que il y a extrêmement peu de textes voire aucun euh euh qui puisse se exprimer directement une vérité aussi universelle”
André Laks sur le fragment de la guerre :
“la guerre de tous est le roi et de tous le père et le fragment se continue elle a montré que les uns étaient dieux les autres hommes et a fait des uns des esclaves et des autres libres et vous voyez si on prend l'ensemble du fragment on est immédiatement à se poser la question est-ce qu'il s'agit d'une proposition de portée universelle”
André Laks sur la coexistence des contraires :
“toute fixation d'identité manque ce qui fait euh la structure profonde de la chose c'est-à-dire le fait que c'est son contraire qui n'est Jama qui ne peut jamais être dit en même temps qu'elle-même qui est euh l'élément constitutif de la chose”