Spiquel, Agnès & Camus, David
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Core ideas
Dans une archive, Camus défend le style et la composition contre ceux qui pensent qu'il faut mal écrire pour bien penser. Il révèle la structure cachée de La Peste : un style « individuel » et un style « collectif » qui se mêlent au fil des cinq parties, le collectif seul dominant au sommet de l'épidémie. Après la lecture de l'agonie de l'enfant Othon, Agnès Spiquel répond aux critiques d'un roman didactique ou d'une simple allégorie du nazisme. Camus veut « se coltiner » le mal et faire éprouver concrètement la maladie, l'enfermement, la séparation et un temps sans avenir. L'animateur insiste sur le passage d'un scandale « abstrait » à la souffrance regardée en face, sur l'héritage de Dostoïevski et d'Ivan Karamazov, que Camus suit dans la révolte mais sans faire le saut de la foi, et sur la figure humaine du Christ, victime innocente, présente jusqu'à Meursault, « le seul Christ que nous méritions ». Les Réflexions sur la guillotine reviennent sur le père de Camus, qui vomit après avoir assisté à une exécution qu'il jugeait méritée. Spiquel y voit un héritage paternel capital : il faut se mettre face à la réalité pour la penser, et un philosophe doit être écrivain (« si tu veux être philosophe, écris des romans »). L'opposition à la peine de mort ne dépend pas de l'horreur du crime. Sans justice divine pour réparer les erreurs humaines, elle n'est qu'un meurtre légal.
La lecture de La Chute (la jeune femme qui se jette du pont Royal et l'absence de réaction de Clamence) introduit le « juge-pénitent ». Cet avocat satisfait de sa générosité découvre une culpabilité sans rémission, mais selon Spiquel l'ironie rend le livre « diabolique » plutôt que déprimant. L'animateur souligne les points communs entre Sartre et Camus : l'absence du père et la figure du « salaud » content de lui. Il note que Camus reprend ironiquement l'adjectif « frivole » de Francis Jeanson, et que Sartre a admiré La Chute. La « pensée de midi » de L'Homme révolté fait de la mesure non pas un juste milieu mais une tension entre des contraires. Les révolutions trahissent la révolte en se donnant un absolu qui justifie le meurtre de masse, et seul l'amour supporte la démesure. Spiquel explique l'isolement de Camus en pleine guerre froide par sa condamnation conjointe de Franco et de Staline. Elle rappelle le lien qui unit chez lui L'Envers et l'Endroit (« il n'y a pas d'amour de vivre sans désespoir de vivre »), son amitié avec René Char et leur livre La Postérité du soleil.
La lecture de La Mort heureuse conduit à la naissance de L'Étranger. Écrit entre 1934 et 1936, abandonné à 23 ans, ce premier roman à la troisième personne cède la place à la première personne de « Aujourd'hui, maman est morte », un geste que Spiquel compare au passage de Jean Santeuil à La Recherche. L'« inhumanité » du monde, nourrie du silence de la mère et de la lecture de Nietzsche, y devient « la tendre indifférence du monde ». Dans le journal, David Camus revient sur le projet de transfert de son grand-père au Panthéon. Il le vit comme une affaire familiale qui a replongé les enfants de Camus dans la mort de janvier 1960. Il cite George Bernard Shaw sur le fils de Mozart, étouffé par la gloire de son père. Il explique avoir choisi de publier sous son nom des romans d'aventure situés au temps des croisades, dans la lignée de Stevenson, un genre que son grand-père disait lui-même vouloir écrire.
Excerpts
Camus sur la composition de La Peste (archive) :
“j'ai immédiatement pensé qu'il fallait avoir personne de style qui aurait concerné justement les actions individuelles et l'autre au contraire qui aurait concerné la tragédie collective le l'établissement du fléau”
Agnès Spiquel sur l'héritage du père :
“c'est une des rares choses que camus sache de son père et pour la cormery c'est la même chose l'héritage paternel c'est cela et je crois que c'est absolument capital parce que ça part d'une réaction maintenant instinctive de son père et c'est ce que son père lui a transmis”
Agnès Spiquel sur la pensée de midi :
“la pensée de midi c'est la pensée de la tension extrême à laquelle il faut rester entre des pôles opposés parce que des deux côtés de ses pôles dans les extrêmes on tue alors on a voulu dire que c'était du juste milieu non c'est le refus d'une des mesures qui devient meurtrière”