Gress, Thibault & Senellart, Michel & Noudelmann, François & Alquié, Ferdinand
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Core ideas
Thibault Gress propose de renverser la lecture habituelle du doute cartésien. Le doute n'est pas seulement un instrument méthodologique au service de la refondation des sciences : il est la réponse intellectuelle à une expérience antérieure, celle d'un monde intrinsèquement précaire et inconsistant, dont on trouverait des traces dès 1619. Il définit le « monde » au sens large, comme tout ce à quoi l'esprit accède sensiblement ou rationnellement. La logique du doute le montre : douter d'une bouteille peut aller jusqu'à supposer qu'il n'y a pas de bouteille, comme Descartes se demande à la fin de l'analyse du morceau de cire s'il y avait même de la cire. Commentant le passage des fous qui se croient vêtus d'or ou faits de verre, motif baroque proche de Cervantès, il conteste la lecture de Foucault : Descartes ne définit pas le sujet par exclusion de la folie, il cherche seulement un motif suffisant pour prolonger le doute, et passe à l'argument du rêve.
Gress distingue le « je pense, donc je suis » du Discours (1637), simple implication logique au service de la science, du « je suis, j'existe » des Méditations (1641), au projet plus métaphysique. Le malin génie y introduit une crise dans la raison elle-même. Le fait d'être trompé prouve pourtant que je suis : c'est une découverte ontologique, ensuite reformulée en proposition vraie. Pour répondre au père Bourdin, qui juge Descartes condamné au scepticisme, Gress montre que la sortie du doute passe chaque fois par une contrainte qui s'impose à la pensée, celle du malin génie pour l'ego et celle de l'idée de Dieu, que je ne peux penser sans l'existence. Il rapproche cette lecture de l'« expérience de l'être » de Ferdinand Alquié, entendu en archive, tout en suivant la méthode pas à pas de Martial Gueroult. Il y voit deux expériences de l'être : la découverte de soi et l'admiration devant Dieu à la fin de la troisième méditation. Les Méditations n'apportent aucun résultat nouveau sur l'existence, mais donnent sens et certitude à ce que l'on éprouvait déjà.
Face à l'objection du fidéisme et au Pascal du film de Rossellini, pour qui l'homme est entre deux infinis et n'atteint Dieu que par la grâce, Gress oppose le tragique pascalien à un humanisme cartésien. Le Dieu de Descartes donne à l'homme les moyens de le retrouver par la raison, et tout homme peut apprendre à s'en servir. Ce n'est ni l'humanisme de la Renaissance ni celui des Lumières, mais un humanisme où l'homme tient sa dignité de ce que Dieu a mis en lui. L'entendement reste fini : on démontre que Dieu existe sans le comprendre, et sa puissance, qui crée jusqu'aux vérités éternelles selon la lettre à Mersenne de 1630, est d'autant plus estimée qu'elle est incompréhensible. Le doute porte sur les existences et non sur les connaissances, et Descartes ne prétend atteindre le réel que pour l'ego et Dieu, le reste relevant de la manière dont nous devons nous représenter les choses. D'où le lien avec la morale par provision, puisque même le bien et le mal ne sont pas démontrables. Dans le « Journal de la philosophie », Michel Senellart présente Du gouvernement des vivants (1979-1980), cours où Foucault congédie le schéma « pouvoir-savoir » pour étudier les régimes de vérité et l'aveu chrétien primitif.
Excerpts
Thibault Gress sur l'expérience qui précède le doute :
“je pense qu ils y achètent des cartes un sentiment ou une expérience anthologique du monde comme étant intrinsèquement précaire cirque comme étant par essence inconsistant et la mise en oeuvre du doute n'est donc pas que un instrument méthodologique il le demeure mais il n'est pas que cela il est si j'ose dire la réponse intellectuelle qu'il essaye d'apporter à l'expérience qu'il a fait”
Thibault Gress sur le malin génie et la découverte de l'ego :
“ce malin génie va venir introduire un doute sur la raison elle-même et des cartes à peine at il formulé cette objection contre la raison qu'il peut en déduire que précisément il existe que ontologiquement même si la raison n'est pas fiable en vertu d'un trompeur externe et bien dans l'effectivité même de l'être cela signifie qu'il est [...] et celà est de l'ordre d'une découverte ontologique”
Thibault Gress sur l'humanisme cartésien :
“c'est un humanisme spécifique à descartes je pense qui au fond ne dit qu'une seule chose mais elle est grandiose cette chose consiste à dire tout homme peut se servir de sa raison et je suis là pour lui apprendre à s'en servir et s'il apprend à s'en servir correctement il n'aura plus le loisir de douter des deux réalités fondamentales que sont légaux et dieu”