Quaghebeur, Marc & Compère, Gaston & Gorceix, Paul & Régy, Claude & van de Kerckhove, Fabrice & Venaille, Franck
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - transcription automatique de qualité moyenne ; l'attribution de certains propos est incertaine.
Core ideas
L'émission situe Maeterlinck, bourgeois flamand d'expression française, dans une Belgique jeune qui se cherche des racines. À 27 ans, il publie La Princesse Maleine et Serres chaudes, que Rilke admirait pour leur silence. Claude Régy le tient pour un initiateur de la modernité : il ne décrit plus le monde mais les mouvements obscurs de la conscience, comme plus tard Nathalie Sarraute, et l'acteur doit jouer ce qui n'est pas écrit. Gaston Compère raconte sa visite au vieil écrivain retiré à Nice, Prix Nobel lassé de son premier théâtre. Marc Quaghebeur décrit une double stratégie d'écriture. D'un côté, une œuvre de fiction (nouvelles, poèmes, théâtre). De l'autre, une œuvre de réflexion nourrie de traductions de Ruysbroeck et de Novalis, qui finit par absorber l'énergie créatrice, surtout après le désastre de 1914-1918.
Paul Gorceix montre que la traduction de Ruysbroeck donne à Maeterlinck un contenu, le moi transcendantal, une forme à la syntaxe « tétanique » et une identité flamande, celle de l'« ancêtre » qui ancre le symbolisme. Fabrice van de Kerckhove présente le cabinet de travail reconstitué à Gand et le « cahier bleu » de 1888. Maeterlinck y oppose une culture française « calcinée par l'ironie » à une culture germanique d'adhésion au réel. Les carnets montrent des scènes obsédantes passer d'une pièce à l'autre, comme l'envoûtement par une effigie de cire écarté de Maleine, qui revient dans Pelléas et Mélisande quand Golaud fait épier les amants par Yniold. Quaghebeur souligne la réception décisive en Autriche-Hongrie, de Hofmannsthal à Rilke et Musil, où se forment aussi le discours sur l'inconscient et une part de la modernité. Il lit Serres chaudes comme la mise en scène du sujet moderne enfermé sous verre, qui n'atteint plus le monde que par le regard. Franck Venaille y voit des meubles déplacés, une étrangeté, une tiédeur propre à l'état de vivre et un univers flamand revenu de la mémoire.
Gorceix explique le symbole selon Maeterlinck : une image vivante et indécise, ouverte à l'imagination du lecteur, opposée à l'allégorie morte du Parnasse. Il voit dans Pelléas le théâtre que demandait Mallarmé. Claude Régy commente la « suppression des acteurs » et les « drames pour marionnettes » : il veut des acteurs capables d'être des sur-marionnettes, attentifs aux sons et aux rythmes plutôt qu'à la psychologie. Dans La Mort de Tintagiles, il lit la scène où les servantes arrachent l'enfant à ses sœurs comme un accouchement autant qu'une mort. La spécialiste de Lille raconte comment Stanislavski, après l'échec psychologique des Aveugles, a passé le relais à Meyerhold et créé L'Oiseau bleu à Moscou en 1908. Le documentaire évoque enfin la mort omniprésente, l'enfant et la femme comme porteurs d'un savoir intuitif. Quaghebeur conclut sur la « mystique laïque » de Maeterlinck, une sagesse occidentale pour vivre avec une mort qu'on ne maîtrise pas.
Excerpts
Claude Régy sur la modernité de Maeterlinck :
“c'est la première fois qu'on ne s'occupe pas du monde la description du monde extérieur mais qu'on regarde comment bouge des mouvements de conscience qu'ils ne sont pas toujours clairs qu'on peut pas toujours nommés [...] si on joue les mots si on joue les répliques on ne joue rien alors on se distrait justement de l'essence même de l'écriture qui est ce qui n'est pas écrit”
Marc Quaghebeur sur Serres chaudes :
“c'est cette clôture du sujet moderne qui en même temps un rapport avec l'extérieur etc ce rapport qui viennent que les mots ne parviennent plus à atteindre qui est métaphoriser par cette image de la glace qu'il s'agisse de l'âme de l'image de la serre ou de l'image de la cloche a plongé et on a donc finalement un sujet dont les membres ne servent plus à rien qui n'a plus comme possibilité que le regard pour atteindre le monde”
Marc Quaghebeur sur la mystique de Maeterlinck :
“il a essayé je pense de créer une mystique laïque une mystique à l' usage de tout un chacun et donc il essaie de définir une sagesse [...] qu'ils essaient de brasser les éléments de la tradition occidentale pour les amener à une sagesse qui a permis au sujet de vivre avec la mort tout en sachant qu'il ne la maîtrisent pas”