Marty, Éric & Bogdanov, Igor & Bogdanov, Grichka & Barthes, Roland & Crépu, Michel & Van Reeth, Adèle
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - transcription automatique de bonne qualité ; l'émission inclut un journal de fin d'émission sur la *Revue des Deux Mondes*.
Core ideas
Une archive de Barthes ouvre l'émission : il y a un « hiatus vertigineux » entre le sujet qui aime et le sujet qui écrit, on écrit pour être aimé mais on n'est jamais aimé pour son écriture. À l'animateur qui y lit une tristesse infinie, Éric Marty oppose l'euphorie, sensuelle et intellectuelle, du séminaire qu'il a lui-même consacré au livre. Selon la formule de Barthes, l'amour est « monologique, maniaque », le texte « hétérologique, pervers ». Igor et Grichka Bogdanov, auditeurs du séminaire restreint de l'École pratique des hautes études en 1976-1977 et voisins de Barthes dans le Sud-Ouest, décrivent une « double fête » du langage et de l'écriture et un homme d'une bienveillance et d'une délicatesse infinies. L'émission lit les fragments sur l'attente dans un café, le monde « rival » qui veut partager l'autre, et le téléphone où l'autre « s'en va deux fois, par sa voix et par son silence ».
Marty décrit un amoureux singulier, « lunaire », non phallique, chez qui la passivité et l'absence de l'autre sont essentielles, et qui fait résonner l'originaire du rapport à la mère. Les Bogdanov racontent des scènes de Barthes et de sa mère à Urt, comme le « n'oublie pas ta laine » en plein juillet, et Marty observe que la mère et le frère parlaient « le Barthes ». Il rappelle que Barthes souffrait de voir cet amour réduit à l'image névrotique de l'homosexuel vivant avec sa mère, et qu'il rêvait d'un monde sans images figées, d'un monde de bienveillance. L'émission discute la « bonne distance », du pathos de la distance de Nietzsche aux porcs-épics de Schopenhauer, le « non-vouloir-saisir » qui clôt le livre, et le fragment sur l'altération, quand un mot vulgaire d'Albertine révèle un autre monde au narrateur de Proust. Marty y voit une époque nouvelle de la sensibilité de Barthes, plus tendre et vulnérable que celle du Plaisir du texte.
Pour Marty, le sujet amoureux est un sujet brisé, incapable de récit, pris dans des « bouffées de langage », et l'amour une région singulière de la subjectivité. À la question du roman impossible, il répond que Mythologies, L'Empire des signes, Sur Racine et les Fragments sont des romans sans être des récits, puisque le roman d'amour est pour Barthes une trahison de l'amour, le prix que l'amoureux paie pour réintégrer le monde. Les Bogdanov rappellent une boutade de Barthes (« serais-je crédible si je m'appelais Roman Barthes ? ») et la préface qu'il leur avait écrite, « il n'existe aucun discours qui ne soit une fiction ». Ils disent lui devoir d'avoir substitué à l'imaginaire de la vérité un imaginaire du désir, et concluent que Barthes se trompait : on l'aime bien pour son écriture. Dans le journal de fin d'émission, Michel Crépu présente un dossier de la Revue des Deux Mondes consacré à la désorientation.
Excerpts
Roland Barthes, en archive, sur l'écriture et l'amour :
“je crois qu'il y a un yatus terrible entre l'écriture et la personne en tant qu'elle veut se faire aimer en tant qu'elle aime et je ressens toujours d'une façon poignante le fait que souvent j'écris j'écris pour être aimé au fond pour être aimé peut-être même parfois de tel ou tel et en même temps je sais très bien que cela ne se produit jamais qu'on n jamais vraiment aimé pour son écriture”
Éric Marty sur l'amoureux selon Barthes :
“c'est un amoureux qui peut être universel mais c'est un universel singulier qui est lunaire comme il le dit qui est rêveur don dont l'amour n'est pas un amour érotique ou fallque qui est un amour où la passivité et où l'absence de l'autre sont des éléments fondamentaux et en effet qui est corrélé vous l'avez dit à quelque chose de très origin inaire qui est le rapport à la mer”
Éric Marty sur le roman d'amour :
“quand il dit pour fragmentcours amoureux que ça ne peut pas être en roman d'amour parce que le roman d'amour justement c'est une trahison du sentiment amoureux le roman d'amour c'est ce que c'est le tribu que paye l'amoureux pour réintégrer le monde après avoir vécu son histoire”