Camus, Michel
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Core ideas
La mort comme mot négatif. À partir de la formule de Kierkegaard « la mort est un mot négatif », Camus distingue le mot, le cadavre (trompe-l'œil, extériorité) et la mort elle-même, qui relève de l'« intériorité infinie » de la vie. Pour Kierkegaard le négatif a une fonction, celle de « finir le fini » ; dès sa thèse de 1841 sur le concept d'ironie, il vit dans l'infini. Le « rien dans l'homme est d'essence divine » (Journal, 1848) : l'homme n'est rien devant Dieu, mais ce rien est le cœur de l'homme, selon une vieille tradition mystique de la voie négative. D'où une « positivité cachée du négatif », qui explique les formules paradoxales des Étapes sur le chemin de la vie (le négatif est la seule chose positive).
La foi, l'absolu, la subjectivité. La foi n'est pas une croyance au sens courant mais la reconnaissance intuitive de la présence de l'absolu en soi, un vécu qui n'est pas psychologique mais conscience d'une intériorité infinie, pour laquelle « on ne se connaît pas, on se reconnaît connu ». Il y a eu pour Kierkegaard une conversion, une mort philosophique, un anéantissement de la conscience psychologique, car il faut « mourir à soi-même pour se reconnaître immortel », ce soi immortel étant à la fois l'identité suprême du moi et son altérité absolue. Il pense l'impensable (le paradoxe absolu des Miettes philosophiques), et le Traité du désespoir (1849) finit comme il commence, par la formule du moi transparent à la puissance qui l'a posé. Il choisit « l'absolu » à trente ans et dit avoir choisi la mort en quittant Régine.
Immortalité, relatif et pseudonymes. L'immortalité est pour lui une potentialité, non une fatalité ni une nécessité, loin des croyances naïves en l'immortalité de l'âme : l'« intérêt le plus passionné » de la subjectivité. Tout est relatif sauf l'absolu, et « quiconque se rapporte au relatif d'une manière absolue » est dément, état que Camus étend à l'humanité entière ; il écrivait à vingt-trois ans que la philosophie moderne « quitte l'absolu pour le suprême de la relativité ». La mort n'est pas le mourir : Kierkegaard ne craint pas la mort, il voit en elle l'amour ; la crainte d'avoir à mourir reste existentielle. Les pseudonymes (Victor Eremita, Johannes de Silentio, Constantin Constantius…) sont le signe d'un rapport négatif à soi-même, une manière de se détacher de son nom propre, donc de s'ouvrir à sa propre mort ; son propre nom est une sorte de pseudonyme (« n'être rien est l'essence même du sérieux »), qui renvoie à la voie négative et à « l'infinité du négatif ».
Excerpts
“« il faut mourir à soi même pour se reconnaître immortel »”
“« il dit que l'immortalité est une potentialité »”
“« n'être rien est l'essence même du sérieux »”