Maurois, André & Butor, Michel & Journet, René & Bouvet, Francis & Barrère, Jean-Bertrand & Moreau, Pierre
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - transcription automatique de qualité moyenne ; l'attribution de certaines interventions dans le débat sur *Les Misérables* est incertaine.
Core ideas
Pierre Sipriot présente l'exil comme un « choc salutaire » : un proscrit qui aime la proscription, accroît ses certitudes et écrit dans la solitude Les Châtiments, Les Contemplations, La Légende des siècles, Les Misérables, William Shakespeare, Les Travailleurs de la mer et L'Homme qui rit. Avec André Maurois, il suit Hugo à Bruxelles en décembre 1851 sous un faux nom. Hugo y vit dans une pauvreté volontaire, un peu jouée selon Maurois, puisqu'il préserve son capital pour les siens, et écrit Napoléon le Petit. Une loi sur les délits de presse le pousse vers Jersey, où il arrive barbu et transformé, organise la solidarité des proscrits et refuse l'amnistie. Expulsé en 1855, il achète Hauteville House à Guernesey avec l'argent des Contemplations, succès de public malgré la critique. Maurois décrit la maison à son image, avec le fauteuil des ancêtres, le look-out vitré où Hugo écrit debout face à la mer, la vie réglée, les servantes et Juliette Drouet logée tout près. Sipriot lit la préface d'Actes et paroles, « Ce que c'est que l'exil », sur l'espionnage et la sagesse du rocher battu par la vague.
Le débat sur Les Misérables réunit Francis Bouvet, René Journet et Michel Butor. Bouvet rappelle que le roman, commencé sous le titre Les Misères et interrompu en 1848, s'inscrit dans une visée religieuse et démocratique : une sommation aux hommes, une supplication plus haut. Journet lit le destin de Jean Valjean comme celui de la création : chute, puis remontée par le sacrifice, jusqu'à une mort comme accomplissement. Selon lui, sa faute n'est pas le pain volé mais d'avoir cessé de croire en l'homme. Butor soutient que les personnages sont des « personnes » au sens antique, des masques ou des concrétions de forces. Ce qui grandit pendant l'exil, ce sont les digressions sur les couvents, l'argot ou les prisons, véritables piliers de l'œuvre. Il annonce le Marat de Quatrevingt-treize. Les intervenants discutent la documentation, moins sociologique que chez Eugène Sue, et la conclusion : il faut apprendre aux gens à lire. Butor conclut que le livre industriellement reproduit, « monument » partout à la fois, est pour Hugo l'action véritable.
Après des lectures du voleur de Petit-Gervais, de la chaîne des forçats, de la mort d'Éponine et des derniers pas de Valjean vers la rue des Filles-du-Calvaire, Jean-Bertrand Barrère et Pierre Moreau parlent de la fantaisie. Barrère la définit comme l'imagination en liberté du côté du sourire, une détente qui répond à chaque grande angoisse de Hugo : jalousie, deuil, colère, vertige de l'inconnu. Moreau décrit aussi un poète hanté, superstitieux, qui note ses phénomènes nocturnes et change de chambre pour sentir une présence humaine. Il applique à Hugo, comme à Claudel, le jeu du comique et du cosmique. Les Chansons des rues et des bois sont lues comme un œil qui annonce Verlaine.
Excerpts
Victor Hugo, carnets de janvier 1852, cités par Pierre Sipriot :
“j'aime la proscription j'aime l'exil j'aime mangal tas de la grande place j'aime la pauvreté j'aime l'adversité j'aime tout ce que je souffre pour la liberté pour la patrie pour le droit j'ai la conscience joyeuse”
René Journet sur la faute de Jean Valjean :
“quelle est la faute initiale de jean valjean c'est pas une faute personnelle s'il a volé un pain c'est que la fatalité sociale l'y contraignait ce n'est pas cela sa faute sa faute c'est de ne plus avoir cru en l'homme de ne plus avoir cru par le dieu ne m'a pas résisté à la pression de la fatalité sociale et c'est cela qu'il rachètera”
Michel Butor sur les personnages de Hugo :
“on pourrait presque dire qu'ils n'ont pas de psychologie individuelle ce sont des acteurs ce sont des personnes des personnes et au sens antique n'est ce pas ce sont des masques de quelque chose [...] pour moi les passages les plus extraordinaires des misérables sont ces grandes digression dans lesquelles il n est lise en quelque sorte l'un personnel de la société”