Alberola, Jean-Michel & Cueco, Henri & Arroyo, Eduardo & Farb, Adrian & Zürcher, Bernard & Noël, Bernard
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - transcription automatique de qualité médiocre, très fragmentaire ; l'attribution des propos est souvent incertaine.
Core ideas
Après une brève biographie (élève médiocre, deux échecs à l'École navale, voyage à Rio où le marque un marché aux esclaves, atelier de Thomas Couture, Le Chanteur espagnol admis au Salon, mariage avec Suzanne Leenhoff), l'émission donne la parole à des peintres et à des écrivains plutôt qu'à des historiens. On rappelle en effet qu'en son temps ce sont les peintres qui défendirent Manet. Devant Un bar aux Folies-Bergère, les intervenants relèvent les invraisemblances (le reflet impossible de la serveuse, les bouteilles de champagne qui tiédissent) et y voient une juxtaposition de signes plutôt qu'une représentation, un tableau qui devient autonome. Jean-Michel Alberola, qui se dit d'origine espagnole et a longuement travaillé à partir de Manet, insiste sur la clarté de cette peinture, sur un peintre qui « continue » sans rupture la tradition, et sur ses deux vitesses : une exécution très rapide et la lenteur de la peinture occidentale.
Henri Cueco oppose les Romains de la décadence de Couture, addition académique de morceaux appris séparément, à la liberté de Manet. Les intervenants analysent les aplats et le blanc et le noir qui restructurent Le Balcon et L'Exécution de Maximilien, image de journal. Eduardo Arroyo explique que Manet a peint la corrida d'après Goya et l'imagerie plutôt que dans l'arène : il est allé en Espagne pour Velázquez, et en a rapporté des roses et des noirs plus que le rouge. À propos de Lola de Valence, un intervenant montre le contraste entre une main encore modelée et une robe peinte par taches, et la « banalisation » volontaire de la mort dans Le Christ mort et les anges ou Le Torero mort. Dans les natures mortes (rougets et anguilles, pivoines, asperge, citron), le fond bascule à la verticale, contre le trompe-l'œil : « ceci est la peinture ».
Pour l'Olympia, un intervenant la compare à La Naissance de Vénus de Cabanel, achetée par Napoléon III. Manet peint toujours en atelier et veut triompher au Salon sur le terrain des académiques, mais son modèle n'est pas sublimé : ce n'est même pas le sujet qui est nu, c'est la peinture, une peinture qui amorce un désir au lieu de le combler. Les intervenants évoquent le portrait de Zola, celui de Mallarmé, dont un texte sur Manet est lu, le Bal masqué à l'Opéra, à la fois fête et enterrement, et le portrait de Berthe Morisot. Alberola rapproche Manet de Godard pour sa manière de filmer les hommes et les femmes. Les intervenants citent Bataille sur la vulnérabilité du peintre moderne exposé au bruit de la société industrielle, et Manet comme « territoire » de jonction entre peinture classique et moderne, ouvert à la fois sur Picasso et sur Braque. Ils lisent dans la jambe coupée de la fin et les derniers bouquets de fleurs le pressentiment d'une vitesse du monde qu'il n'arrivait plus à contenir.
Excerpts
Un intervenant sur Un bar aux Folies-Bergère :
“les personnages sont mûrs et le personnage devient signes devient un signe pour lui-même et donc une juxtaposition de signes et là aussi c'est extrêmement moderne et novateur de sa position de signes qui constitue un tableau”
Un intervenant sur l'Olympia :
“ça n'est même pas ça n'est même pas le sujet nu c'est la peinture nu en effet c'est la peinture c'est le geste de peindre qui est privilégié [...] une peinture qui réalise un plaisir mais qui amorce un désir une peinture où on est on est incité à désirer quelque chose et on veut parce qu'on n'est pas comblé et ça je crois que c'est très moderne”
Un intervenant sur la vérité picturale contre le trompe-l'œil :
“c'est de la peinture c'est celle de la peinture oui ceci est la peinture elle n'est que cela ce qui est la probité du peintre le trompe-l'oeil ccsl trompe l'âme [...] je fais de la peinture je connais les lois de la peinture je fais de la peinture et je ne fais que la fin du jeu ne vous embarque pas dans une tromperie”