MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Rien ne veut rien dire/Lebrun, Gérard

Lebrun, Gérard

philosophe, spécialiste de Kant, Hegel et Nietzsche

Le nihilisme (3/5) : Schopenhauer et la genèse du nihilisme moderne

Rien ne veut rien dire · Oct 22, 2016 · partial coverage

▶ Watch on YouTube

Coverage note: full (environ dix-neuf minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec de nombreuses erreurs de reconnaissance ; plusieurs passages sont partiellement illisibles et ont été résumés avec prudence)

Core ideas

Schopenhauer, nom du nihilisme ? Quand Nietzsche s'en prend au nihilisme, il vise des textes et des pensées précises qu'on regroupe sous le nom de Schopenhauer, « vieux croque-mort » qu'il admire pourtant. Lebrun répond « oui » pour la réception : après 1850, Schopenhauer devient célèbre auprès des écrivains (Flaubert, Maupassant, les Russes ; le Bazarov de Pères et fils de Tourgueniev, à qui l'on attribue un tel goût), qui y cherchent un « saccageur de rêves » ; Challemel-Lacour fait un reportage sur sa table à Francfort. Mais « non » pour la lettre : Schopenhauer n'est pas lui-même nihiliste. Dernière phrase du Monde comme volonté : pour ceux qui sont encore animés par le vouloir, la suppression de celui-ci est néant ; pour ceux qui l'ont aboli, c'est ce monde, ses soleils et ses voies lactées, qui est néant. Lebrun doute que Nietzsche l'ait vraiment compris.

La chose en soi et le coup de bistouri. Schopenhauer garde la chose en soi de Kant, que les idéalistes rejetaient, mais comme le « tout autre de la représentation », l'irreprésentable : on n'y accède pas par une meilleure intelligence, seulement par un contact « tangentiel », l'expérience de l'acte volontaire. Pour Lebrun, Schopenhauer a pris mieux que d'autres la mesure de la révolution kantienne (l'âge de la représentation, à la manière de Foucault dans Les Mots et les choses) et tout ramener à la représentation lui paraît un provincialisme de ceux qui ont un système nerveux central. Il transcrit en philosophie la physiologie de Bichat (vie organique / vie animale) : le nihilisme du XIXe est inséparable d'un certain scientisme.

Vouloir-vivre, individu, pitié. Le vouloir animant le monde produit des vivants qui se prennent au sérieux et prennent leur individualité pour le vouloir lui-même : « l'individu est une erreur ». La « cure » philosophique est le renoncement à cette assimilation abusive, d'où la pitié, base de la morale de Schopenhauer, moquée par Nietzsche. Contrairement à un contresens répandu, Schopenhauer ne recommande pas le suicide (celui qui se tue prend encore la vie trop au sérieux) mais un détachement progressif, proche des sagesses antiques ; ce retrait est aussi la condition de possibilité de la lecture du monde comme vouloir, et non un goût morbide.

Excerpts

“« au fond c'est schopenhauer qui a pris la mesure de la révolution »”

“« le nihilisme il est inséparable du scientisme »”

“« l'individu est une erreur »”