Lopes, Teresa Rita & Blanco, José & Arbaïzar, Philippe & Deguy, Michel & Carvalho, Ana
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - transcription automatique de qualité moyenne, passages en portugais mal restitués.
Core ideas
L'émission part du paradoxe d'une biographie réduite, selon Pessoa lui-même, à deux dates. Philippe Arbaïzar retrace un parcours singulier : une enfance à Durban où l'anglais devient sa langue d'écriture, le retour « irrésistible » à Lisbonne, une vie anonyme de correspondancier commercial, les cafés, l'alcool et la mort précoce d'une cirrhose. Il cite aussi la thèse, réfutée par les 27 000 feuillets de la malle, d'un Pessoa pseudonyme collectif de jeunes futuristes. Il voit en lui un solitaire « invivable », à la sexualité complexe, dont l'audace interroge le destin de la poésie aujourd'hui. Un jeune homme d'un pays marginal décide d'être aussi grand que les plus grands et invente plusieurs poètes de styles différents. Les lectures donnent la propre explication de Pessoa : une tendance « organique » à la dépersonnalisation, une hystérie « mentalisée » qui se termine « en silence et poésie ». Elles relatent aussi le récit du « jour triomphal » du 8 mars 1914, où Alberto Caeiro, « mon maître », aurait surgi en trente poèmes d'affilée. José Blanco précise que l'étude des manuscrits montre un travail d'élaboration plus lent, encore une mystification. Il rappelle que « Pessoa » signifie persona, le masque.
Teresa Rita Lopes lit les hétéronymes comme un « drame en personnes » d'inspiration symboliste, proche de Mallarmé, que le lecteur doit mettre en scène. C'est pour elle un voyage initiatique, presque chamanique, de la personnalité, cette « station terminus », vers le noyau de l'être. Álvaro de Campos, le « feinteur » de l'« Autopsychographie », est la couche la plus superficielle, qui mime l'appétit et le refus de la vie de Pessoa. Ricardo Reis incarne un épicurisme triste. Caeiro représente la joie innocente de l'enfant et de l'animal, que Pessoa n'a jamais atteinte. Bernardo Soares, auteur du Livre de l'intranquillité, n'est qu'un « demi-hétéronyme ». Michel Deguy décrit une poésie à la fois lointaine et étrangement proche, où le poème « Ulysse » fait entendre Kafka et Hölderlin. Il ajoute que la multiplicité de l'œuvre reste lisible comme l'unité d'un seul nom. Ana Carvalho raconte qu'à l'école, jusqu'en 1974, seul Message était enseigné, une grandeur portugaise commode pour le régime, qu'elle a longtemps prise pour de la propagande.
Blanco présente les lettres d'amour fou à Ophélia Queiroz, que Pessoa rompit au nom de son œuvre. Ophélia entrait elle-même dans le jeu des hétéronymes et écrivait détester « M. Álvaro de Campos ». Il rappelle le rôle d'Orpheu (1915), dont deux numéros firent une révolution dans la littérature portugaise, puis de la revue Presença, second modernisme. Il cite aussi des passages inédits de la note autobiographique de 1935 : un « chrétien gnostique » hostile à l'Église de Rome, initié aux grades mineurs d'un ordre templier portugais, qui désavoue sa brochure de 1928 en faveur de la dictature militaire et se dit « conservateur à l'anglaise ». L'émission évoque le sébastianisme, attente d'un roi caché qui ramènerait la grandeur portugaise au service de la paix, et la figure du « Cinquième Empire ». Ana Carvalho regrette que le Portugal officiel n'ait honoré ce poète obscur qu'en transférant son corps dans un lieu « glacé » de mémoire nationale. Deguy imagine un dernier hétéronyme encore caché au fond de la malle.
Excerpts
Pessoa sur l'origine de ses hétéronymes (lu) :
“l'origine mentale de mes hétéronymes se trouve dans ma tendance organique et constante vers la dépersonnalisation et la simulation ces phénomènes heureusement pour moi et pour les autres je les ai mentalisé autrement dit il ne se manifeste pas dans ma vie pratique extérieure et dans mes rapports avec les autres ils explosent vers l'intérieur et je l'ai vis seul avec moi-même”
José Blanco sur la mystification du « jour triomphal » :
“aujourd'hui grâce à des travaux de de critiques intertextuelles qui ont été fait au Portugal il paraît que là même en faisant semblant d'être très sincère avec son interlocuteur po ne décrit pas la création l'origine des étéronymes avec une fidélité absolu”
Michel Deguy sur l'unité de l'œuvre :
“nous avons l'énigme c'est l'énigme de sa multiplicité mais c'est au fond l'énigme qui consiste à faire un avec du multiple”